LE CHASSEUR QUI N'AIMAIT PAS SON CHIEN

Publié le par Françoise Andersen

 

Après une courte promenade sur un sentier du Col du cou, dimanche dernier, nous nous étions assis sur un banc pour admirer le paysage et les planeurs, qui atterrissaient pas loin de là.



 


 

Je dis “courte promenade” car nous avions vite fait demi-tour, en voyant arriver des chasseurs. Nous avions oublié que le dimanche est jour de chasse et nous n’avions pas envie d’être atteints par une balle perdue. Cela m’agace toujours énormément, à l’automne, de ne pas pouvoir me balader où j’en ai envie, à cause de ces maudits chasseurs. Et ils disent pratiquer ce “sport” parce qu’ils aiment le contact avec la nature ! Dans ce cas, ils n’ont qu’à faire de la randonnée et laisser ces pauvres animaux en paix.

 

Un break Mercédès, immatriculé à Genève, était garé derrière nous. Peu après, ses propriétaires - des Suisses Allemands - sont arrivés avec trois chiens, deux golden retrievers et un petit chien de chasse. J’ai entendu la dame qui appelait quelqu’un au téléphone, en indiquant l’endroit où elle se trouvait. Elle a terminé en disant : « Dans 10 minutes ? Merci. »

 

Un quart d’heure plus tard, mon mari m’a fait remarquer qu’une dépanneuse attendait sur un autre parking plus bas. C’était peut-être elle que les Suisses attendaient. Comme la dame n’avait pas bien pu expliquer où elle se trouvait, je suis allée lui demander si elle attendait une dépanneuse. Elle m’a répondu que non. Elle avait appelé le propriétaire du petit chien qui était perdu et qu’ils avaient ramené avec eux. Celui-ci avait en effet, sur son collier, une plaque avec un numéro de téléphone. Le monsieur lui avait promis d’être là dans 10 minutes, mais il n’était toujours pas là. Le coffre de la voiture était ouvert et les trois chiens étaient à l’intérieur. Le petit chien perdu était allongé, sa tête sur la cuisse d’un des golden retrievers qui lui servait d’oreiller. La dame, qui était assise sur le rebord de la voiture, le caressait doucement et il paraissait très content d’être là.

 

J’ai proposé de téléphoner au monsieur pour mieux lui expliquer où nous nous trouvions. J’ai été étonnée de sa réaction. Il m’a demandé s’il s’agissait d’un chien noir. Je lui ai dit qu’il était marron gris. Il m’a expliqué : « C’est parce que j’en ai plusieurs. » Cela m’a semblé bizarre qu’il ait plusieurs chiens qui se soient perdus en même temps. Cela n’avait en tout cas pas l’air de le perturber beaucoup. Il ne semblait pas non plus soulagé, comme l’aurait été n’importe quel maître qui aime son chien et qui l’aurait retrouvé. La dame suisse a trouvé cela assez inquiétant. Elle caressait tristement le petit chien. Elle m’a fait remarquer que le chien perdu était maigre et mal entretenu. Son propriétaire ne venait toujours pas et nous commencions à nous demander s’il allait venir. J’ai dit à la dame : « Il a l’air de se plaire avec vous ! », espérant qu’elle allait l’adopter ; mais elle a répondu que, malheureusement, elle ne pouvait pas avoir un troisième chien. On voyait qu’elle aurait bien voulu et que ce chien lui faisait de la peine. Mais pour l’instant il semblait heureux comme un roi et aussi choyé que ses deux nouveaux copains.

Mais tout à coup il s’est agité. Il a poussé des petits cris plaintifs. La dame a dit : « Il a l’air d’avoir mal quelque part. » Mais il ne s’agissait pas d’une douleur physique. Il avait sûrement senti que son maître arrivait, car, presque immédiatement, une voiture est arrivée sur le parking. Il l’a regardée en continuant à geindre. Quand la dame a voulu le faire descendre, en le tirant un peu par le collier, pour qu’il aille retrouver son maître, il a refusé et s’est reculé. Elle l’a alors pris dans ses bras pour le rendre à son propriétaire. Aucune joie de retrouvailles ni d’un côté ni de l’autre. Le petit chien semblait résigné et la dame et moi étions très tristes.

Un chasseur, avec qui j’ai parlé peu après, m’ a dit qu’il arrive fréquemment que des chiens se perdent pendant une chasse. Comment croire une chose pareille, étant donné leur flair ! Je crois plutôt que leur maître ne les considère que comme un instrument de chasse et les traitent mal. Alors ils se sauvent sûrement exprès, dans l’espoir de trouver un autre foyer où ils seraient plus heureux. Cela m’a fendu le coeur.

Je repense encore avec tristesse à ce petit chien et je suis sûre que la dame suisse ne l’a pas oublié non plus. Je regrette de ne pas lui avoir donné mon adresse email, car j’aurais aimé qu’elle lise cette histoire.

 

©  Françoise Andersen

Cette histoire a déjà été publiée, il y a quelques années, sur le site de l'école de Martigny (Suisse)

           http://zwook.ecolevs.ch/martigny/zwook/enfants/histoiresvraies

Publié dans CHIENS

Commenter cet article

mireille du sablon 13/06/2013 09:37


Tu as eu de la peine, je le comprends très bien mais quelquefois, la raison doit l'emporter. Si tu savais le nombre de chiens que j'aurais du adopter! En appartement, souvent en vadrouille,
comment faire? Je me suis promise d'en avoir un lorsque nous ne pourrons plus nous déplacer autrement qu'à pieds....


Bonne journée, gros bisous de Mireille du Sablon

Françoise Andersen 17/06/2013 10:23



J'ai encore de la peine en relisant l'histoire. Si seulement la dame suisse avait accepté un 3ème chien mais je comprends qu'avec 2 labradors, c'était déjá beaucoup



bruno 13/06/2013 07:48


Pauvre bête!!! 

Françoise Andersen 17/06/2013 10:25



J'essaie de combattre mon" racisme anto-savoyard ", mais il ressort quand je vois comment beaucoup de paysans savoyards traitent leurs bêtes. Mais bien sûr, je ne dois pas généraliser: il y a
aussi des Savoyards très gentils.



Sereine 26/10/2012 21:03


çà me rappelle Ladjoé. C'est le nom d'un york qui habitait la même rue que moi, moi qui vivait avec une york de la même taille. Je le voulais souvent seul dans la cour, triste. Un jour il était
sur le trottoir de la rue très passante. Il pleuvait, il n'y avait pas d'humain chez lui. Alors je l'ai enmené chez moi. Il avait des noeuds que j'ai enlevé. Le soir, l'ayant dans mes bras, j'ai
sonné chez les gens. Je n'oublierai jamais cet instant. Ladjoé restait tout sage dans mes bras, et la femme m'a dévisagée , l'air "vous me voulez quoi?". Alors elle a fini par poser la question
vu que je restais muette. Alors j'ai demandé si elle n'avait pas perdu son chien. Elle m'a dit non, alors qu'il était dans mes bras.


Jamais je n'aurai du aller le leur rendre.


je n'ai pas eu l'intelligence de le cacher chez moi. Ok cela aurait été un vol, mais pour Ladjoé cela aurait été du bonheur. Je m'en voudrai toujours d'avoir été réglo.

Françoise Andersen 27/10/2012 10:29



Cette histoire m'a émue et a réveillé ma mauvaise conscience. Je m'étais en effet sentie tellement coupable quand le chasseur avait emporté ce pauvre petit chien qui me regardait aved des yeux
implorants. Mais je ne pouvais rien faire, le chasseur venait récupérer son chien et celui-ci n'avait pas de marques visibles de maltraitance à part sa maigreur. Mais en le voyant si heureux dans
les bras de la dame et ensuite si malheureux à la vue de son maître, j'ai tout de suite pensé qu'il ne devait pas être bien traité et cela m'a fendu le coeur de le voir partir contre son gré.



Dani et ses chats 12/09/2012 15:19


 


Cette histoire me fend le coeur.  Il est certain que le chien lorsqu'il voit son maître n'a qu'une envie, courir vers lui ! Là ce n'était pas le cas, donc maltraitance !!!


grrrrrrrrrrr  pauvre toutou !


 


Et il est sûr aussi que les chasseurs aiment par dessus tout leurs chiens. J'en ai eu dans ma famille (mes oncles, fils de ma grand-mère qui avait les lapins) et ils aimaient leurs bêtes, toutes
! Mêmes celles qu'ils allaient manger d'ailleurs.


C'est contradictoire mais à la campagne, certaines bêtes sont là pour nourrir les gens.


 


Un chasseur sait combien il a de chiens, et s'il en manque 1 ou 2 ou 3....


 


Dingue cette histoire, ça me révolte !!!!


 


Ce chien geignant ne voulait pas retourner avec son maître.


 


Dani en pause....