Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

LE NID FLEURI

Publié le par Françoise Andersen

 

 Dès notre arrivée au Danemark, en mai, je m'empresse toujours de sortir les meubles de jardin et d'aller acheter des plantes pour fleurir le jardin et la terrasse. Cette année, j'avais accroché, entre la porte et la fenêtre du petit chalet, qui nous sert de chambre d'amis, une corbeille dans laquelle j'avais planté des lobelias.

Pour les arroser plus facilement, je déposais parfois la corbeille sur le sol. Un jour, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant, derrière les fleurs, un joli petit nid vide. Il semblait abandonné. J'avais entendu dire que chez certaines espèces d'oiseau, le mâle construit plusieurs nids et ensuite la femelle en choisit un. Peut-être que ce nid n'avait pas été choisi et je le regrettais.

 


Mais je me suis aperçue, peu après, qu'il n'était pas terminé. J'ai vu en effet arriver un oiseau tenant dans son bec -non pas un fromage comme le corbeau de la fable - mais une petite plume blanche. Il ne ressemblait à aucun des oiseaux qui fréquentent d'habitude le jardin.  J'ai donc cherché dans un guide de poche édité chez Nathan1 et qui permet d'identifier les oiseaux.  J'ai trouvé qu'il s'agissait d'un gobemouche gris. La photo et la description correspondaient parfaitement : "Dos brun grisâtre avec des raies longitudinales sombres. Il construit un nid de mousse, de feuilles, de morceaux d'écorce et de déchets, qu'il capitonne ensuite de plumes." Dans les caractéristiques, il y avait aussi le poids et la taille (14 cm et 18 g), mais je n'ai bien entendu pas pu vérifier !

J'ai décidé de ne plus toucher à la corbeille, même si mes fleurs allaient flétrir, et de me contenter de prendre des photos en tenant mon appareil à bout de bras au-dessus du nid. En effet celui-ci était trop haut pour que je puisse voir l'intérieur. Chaque jour je photographiais ainsi le nid pour voir si l'oiseau était venu y pondre des oeufs. Ce que j'attendais avec impatience est enfin arrivé : il y avait un oeuf vert clair tacheté de marron.


Je pensais qu'il allait bientôt être couvé, mais plusieurs jours ont passé et le nid restait inhabité. Ensuite un deuxième oeuf est venu s'ajouter au premier. Comme les nuits étaient très fraîches, je pensais que ces pauvres oeufs orphelins n'allaient sûrement pas résister au froid. Cela m'a rendue un peu triste.

Heureusement, peu après, l'oiseau s'est enfin installé dans le nid, où il s'est mis à couver. Mais je me suis à nouveau inquiétée, car parfois il s'envolait et ne revenait que plusieurs heures plus tard. Peut-être s'était-il fait dévorer par un vilain matou ? Une explication moins pessimiste et plus plausible était que notre présence sur la terrasse l'effrayait sûrement. A partir de ce jour, j'ai fait tout mon possible pour ne pas le déranger. Mais parfois mon mari oubliait qu'il devait faire attention : il sortait sur la terrasse, effrayant l'oiseau qui abandonnait ses oeufs. Comme je lui avais reproché plusieurs fois son manque d'égards vis-à-vis de "mon" oiseau, il avait fini par prendre, comme moi, l'habitude de profiter de ses courtes absences pour aller, par exemple, arroser les fleurs ou cueillir du persil.

Normalement les mâles viennent nourrir les femelles dans le nid, mais il s'agissait apparemment d'une mère célibataire que le père avait lâchement abandonnée et elle devait donc subvenir seule à ses besoins. Nous n'allions sur la terrasse que quand nous y étions vraiment obligés et en attendant le moment propice, c'est-à-dire pendant ses repas. J'avais trop peur qu'elle n'ose plus revenir. Ainsi pendant environ un mois, nous avons dû déserter la terrasse et nous installer dans le jardin, assez loin du nid pour ne pas être ressentis comme une menace. Nous ne nous sentions plus chez nous. Cela commençait à agacer sérieusement mon mari.

Je continuais à photographier régulièrement le nid, dès que la maman s'absentait pendant quelques minutes. C'était plus facile et plus rapide que de prendre un escabeau pour voir s'il y avait du nouveau. Au bout d'une dizaine de jours, à la place des oeufs, j'ai vu deux oisillons avec de gros yeux et pas la moindre plume. L'un semblait plus gros que l'autre. C'était sûrement l'oeuf qui avait été pondu en premier. Ils étaient immobiles et j'ai eu peur qu'ils ne soient morts. Leurs corps inertes me faisaient penser à des poulets rôtis, à l'étalage d'un supermarché. Quelle déception ! J'aurais tant aimé voir ces petits oiseaux devenir grands et s'envoler.

Mes soupçons se sont confirmés quand le nid est resté silencieux, alors que j'aurais dû entendre de temps en temps des pépiements d'oisillons affamés. Pourtant la femelle semblait parfois leur donner à manger. Mais je n'entendais toujours aucun bruit et j'avais peur qu'elle s'obstine simplement à rester près d'eux, même si elle pouvait voir qu'ils n'étaient pas vivants.

Mais quand j'ai pris une nouvelle photo quelques jours plus tard, j'ai été très heureuse de voir qu'ils étaient bien vivants et qu'ils avaient poussé très vite.

Il m'a semblé toutefois qu'ils ne ressemblaient pas à des gobemouches. On aurait dit des petits de merle. Ceux-ci sont en effet marron et tachetés. Mon imagination s'est alors mise à galoper. Peut-être qu'un merle avait jeté les oeufs du gobemouches, comme le font les coucous et les avait remplacés par les siens ? Comment allait réagir la maman en voyant ses enfants devenir trois fois plus gros qu'elle ? J'ai repris mes recherches en ornithologie. Mon guide ne suffisant pas, je suis allée à la bibliothèque de Rødby où Jane, la gentille bibliothécaire, m'a prêté un gros livre sur le comportement des oiseaux. J'ai appris qu'il arrive que des merles pondent leurs oeufs dans un nid étranger, si leur propre nid a par exemple été détruit. Mais ils choisissent toujours le nid d'un autre merle, jamais celui d'une espèce différente. J'ai appris aussi que les jeunes gobemouches ont le plumage tacheté et plus foncé que celui des adultes. Il s'agissait donc bien de bébés gobemouches.

La maman est restée environ une semaine dans le nid. Je la voyais perchée de plus en plus haut, au fur et à mesure que les oisillons grandissaient. Je pense qu'ils ont fini par prendre trop de place, car un beau jour elle les a laissés seuls, le jour comme la nuit. Mais elle venait régulièrement leur apporter des insectes à manger. Je voyais maintenant deux petites têtes qui dépassaient du nid.

Le mâle avait fini par assumer son rôle de père. Il aidait maintenant la femelle à nourrir les petits. Tous les  deux protégeaient leur couvée et étaient très agressifs. Dès que j'ouvrais la porte de la terrasse, ils accouraient en poussant des cris affreux. Un jour, ils m'ont même attaquée. Ils m'ont foncé dessus comme des missiles à tête chercheuse. J'ai juste eu le temps de me réfugier dans la maison. Je me sentais ridicule d'avoir si peur de deux petits oiseaux. Mais ma crainte était en partie fondée : j'avais en effet entendu dire que, chaque année, des personnes faisant du jogging dans les bois, à proximité de nids d'oiseaux de proie, avaient été attaquées et blessées à la tête. Les petits gobemouches sont moins redoutables et ils voulaient, je pense, simplement m'intimider. Mon mari trouvait que j'étais ridicule d'avoir peur. Quand j'allais cueillir du persil, il me demandait goguenard : "Tu veux que je te couvre ?" comme si j'étais un personnage de film policier menacé par des hommes armés.

L'envol se faisant 12 ou 14 jours après l'éclosion, le moment approchait. En effet, un jour j'ai vu celui que j'avais surnommé "le grand frère" se dresser sur ses pattes et commencer à battre des ailes. Après quelques essais infructueux, il s'est tout à coup envolé. Sa maman qui, apparemment, l'avait observé comme moi, l'a rejoint et l'a escorté jusqu'à l'arbre le plus proche.

Quel drame pour le pauvre petit frère ! Il a piaillé toute la journée à vous fendre le coeur. Il était inconsolable, même si sa maman et son père continuaient à venir lui donner à manger. Il essayait de temps en temps de déployer ses ailes et de se dresser sur ses pattes. Mais celles-ci étaient flageolantes et il retombait à chaque fois au fond du nid. Le soir il a fini par se résigner et se coucher pour dormir. Cela a dû être très dur pour lui de ne pas sentir à côté de lui la présence réconfortante et la chaleur de son frère.  J'ai vraiment eu de la peine pour lui. Mais le lendemain, j'ai trouvé
le nid vide. Il avait réussi à aller rejoindre sa maman et son frère dans l'arbre.

Comme je ne voulais pas risquer un deuxième squat, j'ai enlevé la corbeille et nous avons retrouvé avec joie notre terrasse. Et l'on ne m'y reprendra plus. Je ne laisserai plus aucun oiseau investir la terrasse.


1 "Oiseaux des parcs et des jardins", Helga Hofmann, éd. Nathan 

Publié dans OISEAUX

Partager cet article

Repost 0

Le dîner des marmottes

Publié le par Françoise Andersen

Quand nous allions en randonnée en montagne, le silence était parfois tout à coup rompu par des sifflements. C’était la marmotte de garde qui avertissait ses copines que des intrus venaient d’entrer dans leur territoire.


Malheureusement je les ai souvent entendues, mais je ne les ai jamais vues. J’ai une amie qui est photographe animalière. Elle m’a dit qu’au printemps, les marmottes ont très faim après leur longue hibernation. On peut alors les attirer en leur montrant une barre de céréales. Il faut rester assis parfaitement immobile. Au bout de 10 minutes environ, les moins farouches ne peuvent plus résister à la tentation et elles viennent la chercher. Mais je n’ai pas assez de patience pour rester dix minutes immobile, le bras tendu.

Quand j’ai entendu dire que dans le Parc de Merlet aux Houches, près de Chamonix, on pouvait voir, entre autres, des bouquetins, des chamois et, ce que je cherchais particulièrement, des marmottes, j’ai proposé à mon mari de nous y rendre. Ce parc est situé dans un environnement magnifique, juste en face du Mont-Blanc.

Le dîner des marmottes

Quand nous avons acheté nos billets, nous avons demandé à la dame de l’accueil dans quelle partie du parc nous avions le plus de chances de voir des marmottes. Elle nous a dit qu’elles dormaient et qu’il fallait que nous attendions, car elles ne se réveillaient que vers quatre ou cinq heures, pour manger.

Elle nous a indiqué le chemin en nous disant : « Allez jusqu’à la petite maison en pierre ». En attendant, nous avons fait une magnifique promenade dans le parc et nous avons pu voir de loin des chamois, un mouflon et un lama. Mais j’attendais avec impatience le réveil des marmottes.

Quand nous sommes arrivés à la petite maison, j’ai été déçue de voir qu’il y avait une petite clôture autour. Sous la maison, on pouvait voir l’entrée de la cave qui devait servir de terrier aux marmottes. Quand des employés du parc sont venus jeter sur l’herbe des morceaux de carottes, de pommes, etc. les marmottes sont vite sorties pour venir manger. Elles étaient très nombreuses. Tous les visiteurs avaient sorti leur appareil photo et ils se sont mis à les mitrailler, sans que cela paraisse les gêner. On voyait qu’elles étaient habituées à jouer les top-models. C’était intéressant de les voir de si près et j’ai été contente de pouvoir prendre cette photo d’une maman avec son petit.

Le dîner des marmottes

Tous les enfants présents étaient ravis. Il faut dire que c’était un très joli spectacle. Malgré tout je suis rentrée assez déçue, car j’avais espéré les voir en liberté. En fait je prends autant de plaisir, sinon plus, à entendre leurs sifflements dans la montagne et à les imaginer en pleine nature, tout près de nous, nous observant peut-être. Je caresse alors le rêve d’en voir une un jour et, qui sait, si j’en ai la patience, de la faire venir à moi, en lui proposant une friandise.

Mais c'est sûrement mieux pour leur santé de leur donner des carottes. Sur cette vidéo de YouTube elles semblent les apprécier beaucoup.

Publié dans ANIMAUX DIVERS

Partager cet article

Repost 0

Visite d'un lièvre

Publié le par Françoise Andersen

Pendant que nous prenions notre petit-déjeuner cet été au Danemark, mon oeil de lynx (pourtant myope, astigmate et presbyte) a été attiré par un mouvement sur le pelouse Oui j'ai gardé l'instinct préhistorique qui fait que l'oeil humain réagit si quelque chose bouge, même dans sa vision latérale. C'était un lièvre et cette fois j'avais mon arme appareil à portée de main.

 

Je dis un lièvre, mais en fait il ressemblait plus à un lapin. Mais ici tout le monde parle des "lièvres". D'autre part faut peut-être pas se fier tellement aux Danois car pour eux le "lapin de Pâques" c'est le "lièvre de Pâques". 

 

 

                             DSCN1871

 

Quand je suis sortie pour le photographier de plus près, il s'est tapi dans l'herbe.

 

     P1080592.JPG

 

 

Sur la photo suivante, il ressemble plus à un lièvre. 

 

          P1080583-copie-3.JPG

 

Alors lapin de garenne ou lièvre ? Je ne sais pas...

 

 

 

 

 

Publié dans ANIMAUX DIVERS

Partager cet article

Repost 0

Mes mésanges bleues

Publié le par Françoise Andersen

Avant 2000, quand nous habitions en appartement au Danemark , dans la banlieue de Copenhague, nous possédions une petite maison en bois, à 2 km de chez nous. Nous y habitions de mai à septembre. J'aimais cette alternance entre la vie confortable que nous avions l'hiver et ces longues vacances presque du genre "camping". C'était en effet primitif (cabane au fond du jardin avec WC chimiques, douche à l'extérieur, puisard, pas de machine à laver, etc.), mais quelques minutes nous suffisaient pour retrouver notre confort. D'ailleurs nous passions presque tous les jours à l'appartement pour relever le courrier ou prendre notre douche, s'il faisait trop froid pour la prendre dans le jardin.

Beaucoup de citadins ont le même rythme de vie, dans un de ces jardins qui se trouvent à la périphérie des grandes villes. Je vous en parlerai un autre jour.

Mes mésanges bleues

Une année, j'avais installé dans le poirier une mangeoire destiné aux mésanges bleues, qui venaient l'hiver y grignoter mes boules de graisse et de graines. Nous passions en effet de temps en temps au jardin, même l'hiver, pour la remplir. C'était souvent notre promenade du dimanche.

Espérant avoir au printemps suivant des bébés mésanges, j'avais aussi acheté un nid dans un magasin spécialisé: c'était un tronçon de bouleau évidé au milieu, avec un petit trou devant et un couvercle au-dessus. La première année avait passé, mais il était resté désespérément vide. Mon vieux voisin m'avait dit avec sagacité: "Il n'est pas encore mûr." Je n'avais pas osé lui demander des précisions, ne sachant pas si c'était de l'humour ou de la sénilité. Mais j'ai ensuite pensé qu'il voulait peut-être dire par là que les oiseaux devaient s'y habituer, qu'il devait prendre l'odeur environnante, etc. En fait je crois que c'est bien ça qu'il voulait dire.

Mes mésanges bleues

L’année suivante, en mai, j’étais installée dans mon jardin et je travaillais derrière mon petit ordinateur portable. Je levais de temps en temps les yeux de l’écran pour chercher l’inspiration. Tout à coup, un oiseau m’est passé devant le nez. C’était une petite mésange bleue. Elle est allée s’installer sur une branche proche du nid.

Ce n’était pas la première fois que ça arrivait. J’avais eu beaucoup de déceptions, croyant chaque fois à l’arrivée d’un locataire potentiel. Je me suis donc bien gardée de me réjouir trop vite. Cependant l'oiseau avait vraiment l'air intéressé.

Mes mésanges bleues

Après un bref examen, il s'est engouffré à l'intérieur, mais il est ressorti rapidement et a disparu. Pourtant, quelques minutes plus tard, il est revenu accompagné de deux autres mésanges. Il s'est alors passé quelque chose de très drôle: j'avais vraiment l'impression qu'il s'agissait d'un agent immobilier qui faisait son boniment à un jeune couple en mal de nid. Il leur racontait un tas de choses et Monsieur et Madame Mésange écoutaient sagement, en se jetant de temps en temps des regards en coin. Finalemenent Monsieur Mésange a eu l'air convaincu. et il est entré dans le nid pour le visiter. Ensuite ça a été le tour de Madame. Cette fois l'agent immobilier ne disait plus rien. C'était le couple qui discutaillait ferme. L'affaire a été rapidement conclue, et peu après la femelle a emménagé et est restée dans le nid.

Le mâle venait lui apporter à manger, mais il n’entrait pas. Il se perchait sur un branche et poussait un petit cri caractéristique, auquel peu après la femelle répondait de la même façon. Quand ils étaient sûrs tous les deux qu’il n’y avait pas de danger, elle sortait manger ce qu’il lui avait apporté. Ils discutaient un peu, se bécotaient, et puis elle rentrait couver ses oeufs.

Je ne me rappelle plus combien de temps cela a duré, mais je sais qu’un jour, j’ai soudain entendu des pépiements en provenance du nid. Ils ont fait vibrer ma fibre maternelle, presque autant que les vagissements de mon premier né, trente ans auparavant. Malheureusement, nous devions partir le lendemain pour la Grèce. Ne connaissant rien à l’ornithologie, je m’imaginais que les oisillons allaient encore être là à notre retour, 15 jours plus tard.

Hélas, quand nous sommes rentrés, un silence suspect régnait autour du nid. J’ai attendu en vain. J’ai fini par soulever le couvercle : rien à l’intérieur. Je me sentais très frustrée qu’ils soient partis en notre absence. Je m’étais fait une telle joie de voir le premier vol des bébés mésanges...


J’ai pris un livre et je me suis installée dans le hamac qui était suspendu, chaque été, entre le pommier et le poirier. C’était mon lieu de prédilection, surtout quand les arbres étaient en fleurs.

Mes mésanges bleues

Tout à coup, ma lecture a été interrompue par des pépiements stridents qui venaient du poirier. J’ai levé les yeux, et j’ai vu cinq ou six petites boules jaunes et bleues. Les oisillons étaient revenus dans leur arbre !

Il y a comme cela des instants de grand bonheur. Au-dessus de moi, les feuilles des arbres formaient avec le bleu du ciel une mosaïque qui changeait d’aspect au gré du vent et, à travers cette mosaïque, le soleil me faisait, de temps en temps, des clins d’oeil. Alors je me suis dit que la vie pouvait parfois être très chouette.

Publié dans OISEAUX

Partager cet article

Repost 0

Les roses de la fête des mères

Publié le par Françoise Andersen


 

 

Quand j’étais petite, le jour de la fête des mères, papa me donnait toujours de l’argent en cachette pour que j’aille acheter un bouquet pour maman. Un jour, en allant chez le fleuriste, je me suis arrêtée, pour plonger mon nez dans une des roses odorantes qui dépassaient de la grille d’une voisine. Celle-ci est sortie de sa maison et m’a invitée à entrer dans son jardin pour en sentir d’autres. Il y en avait de toutes sortes et de toutes les couleurs. Certaines étaient grimpantes et cachaient une partie de la façade.

 



Quand la dame a appris que j’allais acheter un bouquet, elle s’est écriée: "Garde ton argent, mon enfant. Je vais te faire un beau bouquet pour ta maman". Elle m’a dit que je pouvais composer moi-même ce bouquet. Après mûre réflexion, je choisissais, au fur et à mesure, les roses qui me paraissaient les plus jolies et dont les couleurs allaient le mieux ensemble. Je me rappelle, avec un certain remords, que cette pauvre vieille dame avait été obligée d’aller chercher un escabeau,  car j’avais jeté mon dévolu sur une magnifique rose qui se trouvait hors de sa portée. Quelle mauvaise conscience j’aurais eue, si elle était tombée à cause de moi!

 


 

Ne voulant pas abuser de sa générosité, je lui ai dit, à un moment, que cela suffisait, mais elle a tenu à rajouter plusieurs fleurs en disant: "Il faut que ce soit un très gros bouquet pour que ta maman voie à quel point tu l’aimes".

 


 

Quand je suis partie, après l’avoir bien remerciée, elle m’a dit que je pourrais revenir chaque année, le jour de la fête des mères.
Cette scène s’est ainsi reproduite trois ou quatre fois, mais un jour, j’ai eu un gros pincement au coeur, en voyant un cadenas sur la grille et un écriteau "À VENDRE". La  vieille dame était peut-être morte. Cela m’a rendue très triste.

 


 

Aujourd’hui, je me rappelle encore son bon sourire, sa générosité et le parfum enivrant qui se dégageait de sa roseraie.  Malheureusement, la plupart des roses qu’on vend aujourd’hui ont perdu leur parfum, car les pépiniéristes préfèrent créer des roses qui tiennent longtemps et qui sont plus jolies. Mais il m’arrive  parfois  de trouver, dans un vieux jardin, une grosse rose d’autrefois et d’y plonger mon nez avec délice (après avoir prudemment vérifié qu’il n’y a pas d’insecte à l’intérieur!). Cela me ramène alors 60 ans en arrière et je me revois, petite-fille émerveillée, tenant précieusement dans mes mains un gros bouquet qui sentait si bon et allait faire tellement plaisir à ma maman.

 


Si j’étais petite aujourd’hui, je ne connaîtrais sûrement pas cet instant d’immense bonheur, dont le souvenir peut être réveillé, tant d’années plus tard, grâce à un parfum de rose *. Papa commanderait peut-être des fleurs sur Internet. Un clic pour faire son choix, un autre pour payer, et un bouquet impersonnel serait livré à l’adresse indiquée. Mais il y a pire: j’ai entendu  à la radio danoise que le bouquet traditionnel de la fêtes des mères était peu à peu remplacé par un SMS. Je trouve cela très triste.

 



                                               

Partager cet article

Repost 0

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Publié le par Françoise Andersen

 

C'était pendant la seconde guerre mondiale. J'avais quatre ans et je fréquentais un petit jardin d'enfants. Mes premiers souvenirs de cette période sont les projections de dessins animés muets, en noir et blanc, que la directrice organisait de temps en temps à la cave. Elle avait un vieux projecteur avec une manivelle qu'il fallait tourner pour faire défiler les images. Nous étions encore loin du temps des DVD ! Un jour je me suis aperçue que ces séances commençaient toujours quand retentissait la sirène annonçant des bombardements, C'était une manière de nous mettre à l'abri tout en occupant notre attention, jusqu'à ce que le danger soit passé.

 

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Un jour un nouveau est arrivé dans la classe. C'était un petit garçon souriant à l'air malicieux. Il avait presque le même âge que moi, mais on aurait dit qu'il avait un an de moins, car il était petit et malingre. Au début je ne l'ai pas trouvé particulièrement intéressant, mais il l'est devenu petit à petit, quand il a commencé à me lancer des regards admiratifs et énamourés. Il était très galant. Quand j'étais sur le point de m'asseoir, il tirait ma chaise de sous la table en s'inclinant ensuite légèrement , comme il l'avait sûrement vu faire par des serveurs dans les grands restaurants. Au moment de partir, il se précipitait sur mon manteau et le tenait derrière moi pour que je l'enfile. Il me faisait des compliments, me disait que j'avais de beaux cheveux. Les adultes s'émerveillaient: "Comme ils sont mignons, un vrai petit couple d'amoureux!". A la seule différence que je n'étais pas amoureuse de lui. Je trouvais qu'il faisait "bébé" à côté de moi, qui paraissais beaucoup plus que mon âge. Malgré tout j'étais quand même fière de toutes les attentions qu'il avait à mon égard. C'était bien agréable d'être ainsi choyée par quelqu'un qui m'aimait tant.

Lors des séances de ciné l'atmosphère était assez angoissante à cause du bruit des bombes qui s'abattaient sur la ville. Mon petit amoureux qui sentait sûrement que j'avais peur me prenait alors doucement la main et me souriait gentiment comme s'il voulait me dire: "Ne crains rien, je suis là". Et en fait sa présence et son calme me rassuraient.

Même si je pressentais un danger, j'en étais arrivée à apprécier ces séances pendant lesquelles nous étions assis l'un contre l'autre, main dans la main. Petit à petit je m'attachais à lui. Il me donnait des petits noms affectueux: ma cocotte, mon petit lapin, etc.

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

Bref nous coulions le parfait amour, lui qui m'aimait et moi qui trouvais agréable de me laisser m'aimer. Un jour il n'est pas venu au jardin d'enfants. J'ai cru qu'il était malade et allait revenir. Mais le lendemain j'ai découvert l'affreuse vérité. Je me rappelle ce jour comme si c'était hier. En sortant de l'épicerie, nous avions croisé la mère de mon petit camarade. Elle nous avait dit qu'il n'était pas venu au jardin d'enfants parce qu'ils étaient en plein préparatifs de déménagement. Ils allaient partir le lendemain s'installer en Alsace, c'est-à-dire, pour moi à l'autre bout du monde. C'était une catastrophe. Je me rendais enfin compte que je l'aimais et je me demandais comment j'allais pouvoir vivre sans lui. J'étais probablement devenue dépendante de l'amour sans bornes qu'il me portait. Les deux mamans continuaient à bavarder calmement sans s'apercevoir de mon désarroi. Les adultes ne se rendent pas compte que l'amour peut déjà faire tant souffrir à cet âge.

Mon petit amoureux du jardin d'enfants

 

Une soixantaine d'années plus tard, j'ai été invitée à un mariage. J'avais su par la mère de la mariée qu'un des invités était originaire de la même ville que moi, que nous avions fréquenté le même jardin d'enfants et que nos mamans se connaissaient à l'époque. J'ai tout de suite pensé qu'il devait s'agir de mon petit chevalier servant. Nous devions être à la même table pour le repas de noces. J'avoue que j'étais un peu émue à l'idée que j'allais peut-être le revoir. Quand j'ai vu un petit monsieur fluet au regard pétillant s'asseoir en face de moi, j'ai été certaine que c'était lui. C'était même incroyable qu'il ressemble tant au petit garçon qu'il avait été. Mais quand j'ai commencé à évoquer des souvenirs du jardin d'enfants, cela ne lui rappelait rien. il m'a dit qu'il devait être dans une autre classe, qu'il ne ne souvenait pas de moi. Pourtant j'étais sûre que c'était lui, mais il m'avait apparemment oubliée. J'avoue que cela m'a un peu vexée.

Partager cet article

Repost 0

La perruche rancunière

Publié le par Françoise Andersen

 

 

Parmi tous les petits animaux de compagnie que nous avons eus quand nous vivions à Copenhague, celui auquel je me suis le plus attachée et qui me manque encore aujourd’hui, c’est Coco, une perruche mâle verte, qui a vécu 17 ans. Coco a presque battu tous les records de longévité de son espèce.

 

                                       DSCN9678.JPG

 

A cause de sa très longue vie, il a été plusieurs fois "veuf". A chaque fois que sa femelle mourait, il était accablé par le chagrin. Il restait immobile dans un coin de la cage, la tête baissée, silencieux. En effet, normalement il parlait beaucoup. Il avait tout un répertoire : « Bonjour Coco », « Mon Coco », « P’tit Coco », « Bonjour mon p’tit Coco », « Ça va Coco ? », « Ça va mon p’tit Coco ? ». Mais après chaque deuil, plus un son ne sortait de son bec. Il ne touchait même plus à la nourriture. Le marchand d’oiseaux nous avait dit, la première fois que c’était arrivé, qu’il fallait tout de suite lui racheter une autre compagne, sinon il se laisserait mourir.

 

Nous avions donc acheté une femelle bleue, comme la précédente. Nous nous imaginions naïvement qu’il allait croire que sa compagne était revenue. Mais il ne s’était pas laissé duper. Au début, il avait ignoré cette jeune perruche.

 

                   31AIMjaICQL. SY450

 

Cependant, la voyant manger, il avait fini par l’imiter et peu à peu il s’était habitué à elle et était sorti de sa dépression. Donc, dès qu’il se retrouvait seul, nous nous précipitions chez le marchand d’oiseaux.

 

Nous le laissions sortir de sa cage de temps en temps. Il volait un peu dans la pièce, mais venait vite se percher sur mon épaule. Il restait même là pendant que je faisais la vaisselle ou passais l’aspirateur. Il s’amusait à me lisser le bout des cheveux, comme il le faisait avec ses plumes ou celles de sa compagne. Je pense que c’était un signe d’acceptation et d’affection. Quand je rentrais du travail, dès que j’ouvrais la porte d’entrée, j’entendais la toute petite voix de Coco qui m’accueillait en disant : « Bonjour mon p’tit Coco !. » Comme la maison m’a semblé vide, quand il n’a plus été là !

 

Un jour, j’ai dû partir seule pendant 15 jours. Quand mon mari me téléphonait, je ne me contentais pas de lui demander des nouvelles des enfants, je m’inquiétais aussi pour Coco. J’étais heureuse de savoir qu’il allait très bien, qu’il était gai et avait bon appétit.

 

Quand je suis rentrée de voyage, je suis tout de suite allée vers la cage. Dès que Coco m’a vue, il a tourné les talons, si je puis dire. Il est resté à l’autre bout de la cage, et s’est mis à regarder le mur, en hochant vigoureusement la tête et en maugréant. II n’y a pas d’autre terme : il prononçait une série de sons indistincts qui, en langage perruche, semblaient vouloir dire qu’il était très mécontent.

 

                                         DSCN9675.JPG

 

Il m’a boudée ainsi pendant plusieurs heures. J’avais beau l’appeler de temps en temps, en lui présentant un morceau de gâteau, il s’obstinait à rester à l’autre bout de son perchoir et à me tourner le dos. 


Finalement j’ai eu l’idée de mettre un peu de pâté sur mon doigt. C’était son mets favori. On aurait dit qu’il avait senti cette odeur alléchante, car il a commencé à me lancer de brefs regards en coin. On voyait qu’il était partagé entre la gourmandise et la rancune. Mais finalement la tentation a été la plus forte et il est venu grignoter le pâté sur mon doigt. Quand j’ai ouvert la porte de sa cage, il a sauté sur mon épaule et m’a mordillé les cheveux. J’ai senti alors qu’il m’avait pardonné de l’avoir abandonné si longtemps. J’ai fait ensuite d’autres séjours seule en France et, à chaque fois, j’ai eu droit, à mon retour, au même accueil glacial.

 

Les chiens aussi peuvent être rancuniers. Une voisine m’a en effet raconté qu’il arrivait que son mari parte à la chasse, sans son chien, avec des amis, qui avaient une meute. A son retour, son chien, qui adorait la chasse, lui faisait la tête. Cela durait, paraît-il, parfois plusieurs jours. Il se passe plus de choses qu’on ne le pense dans la tête des animaux, même dans celle toute petite d’une perruche !

Publié dans OISEAUX

Partager cet article

Repost 0

DES MÉSANGES QUI PRÉFÈRENT MANGER BIO

Publié le par Françoise Andersen

 
Je me contentais de mettre des graines de tournesol dans la mangeoire des petits oiseaux que je nourris sur mon balcon, jusqu’au jour où je me suis aperçue que le voisin du dessous avait commencé à suspendre à des arbustes de gros filets de noisettes, attirant ainsi tous "mes" oiseaux. Ce voisin ne mange que des produits biologiques et, même pour les animaux, il se fournit uniquement dans un magasin bio ! Je trouvais cela exagéré, mais vous allez voir pourquoi j’ai changé d’avis.
J’avais réagi immédiatement à cette concurrence déloyale en mettant, dans un filet vide qui avait contenu des boules de graisse, des noisettes qui, au départ, étaient destinées à être grignotées par moi devant la télé. J’avais ainsi tout de suite retrouvé mes petits pensionnaires.
 
 
Mais un jour j’ai, par mégarde, jeté le filet vide. Je me suis dit que si je mettais les noisettes directement dans la mangeoire, elles partiraient trop vite. En effet les mésanges, au lieu de manger sur place, font du "drive in", comme chez Mc Do. Elles prennent une cacahouète entière dans leur bec, pour aller ensuite la manger ailleurs. Un jour, j’ai d’ailleurs été témoin d’un spectacle amusant : une petite mésange bleue en avait laissé tomber une sur le sol du balcon. Elle essayait de la remettre dans son bec, mais elle n’y arrivait pas. A chaque nouvelle tentative, la noisette roulait devant elle. On aurait dit qu’elle jouait au foot ! Quand les noisettes sont dans un filet, les mésanges s’y accrochent et j’ai le temps d’assister à leur repas, car elles sont bien obligées de le prendre sur place.
 
 
Comme je n’avais pas encore jeté un filet qui avait contenu des oranges, je me suis dit que cela ferait l’affaire. J’ai découpé un morceau dedans pour y enfermer une poignée de noisettes. Mais les oiseaux semblaient ignorer mon filet et allaient uniquement sur celui du voisin. Pourtant le sien était orange, comme le mien. Ce n’était donc pas cette couleur qui leur faisait peur. Alors pourquoi ne venaient-elles pas chez moi ?
 
 
Il m’est alors venu une idée. Je me suis dit que ce filet était peut-être imprégné des pesticides qui sont sur la peau de toutes les oranges non bio. Je lave très soigneusement les fruits avant de les presser, mais je n’avais pas pensé que ce n’était pas une bonne idée d’utiliser ce filet pour la nourriture des oiseaux. J’ai donc fait une expérience. J’ai versé des noisettes directement dans la mangeoire et les mésanges se sont immédiatement ruées dessus. Elles avaient apparemment senti que le filet était "empoisonné".
Une amie, à qui j’ai raconté cette histoire, m’a dit qu’au zoo de Copenhague, si on donne aux singes des bananes bio, ils les mangent sans les éplucher. Mais si on leur donne des bananes traitées, ils les épluchent.
 
 
Cela m’a rappelé que tout que nous mangeons contient malheureusement de plus en plus de produits chimiques et de restes de pesticides. Contrairement à nous, les animaux savent souvent reconnaître ce qui est toxique. Désormais je vais donc aller acheter mes oranges dans un magasin qui ne vend que des produits biologiques. J’en profiterai pour acheter aussi des noisettes. Je ne veux plus que mon voisin écolo puisse faire du "détournement d’oiseaux".

 

Publié dans OISEAUX

Partager cet article

Repost 0

Perdus dans le brouillard

Publié le par Françoise Andersen

Quand nous sommes partis de Thonon ce jour-là, le ciel était gris et une légère brume enveloppait la ville, mais nous savions que nous allions trouver le soleil et le ciel bleu en montagne. En général, quand nous dépassons une certaine altitude (environ 1000 m ), le brouillard devient tout à coup opaque et nous nous retrouvons dans les nuages. Mais une fois que nous les avons traversés, nous voyons tout à coup le soleil qui brille dans un magnifique ciel bleu. Je ne me lasse pas de ce petit miracle. Bien sûr, il y a eu des exceptions et nous avons dû parfois faire demi-tour, car il y avait aussi du brouillard là où nous avions prévu de faire une randonnée. C’est pourquoi, avant de partir, je téléphone désormais à la gentille aubergiste du col du Feu qui me sert de Madame Méteo et qui me dit la plupart du temps : « Montez vite. Ici nous avons un temps magnifique. »

Perdus dans le brouillard

A Trés-le Mont, nous avons garé la voiture devant l’auberge.

Un petit chien bâtard noir avec un collier rouge auquel était attachée une clochette est venu nous accueillir. Comme tous les "chiens randonneurs", il a attendu patiemment que nous ayons changé de chaussures et il nous a suivis en direction du Mont-Forchat.

La promenade s’annonçait bien, même si au loin il y avait une légère brume.

Perdus dans le brouillard

Mais tout à coup, nous avons vu de gros nuages envahir la montagne.

Perdus dans le brouillard

C’était apparemment ceux que nous avions traversés plus bas et qui étaient remontés entre temps. Ils avançaient très vite et nous avons décidé de faire demi-tour. Mais c’était déjà trop tard. En l’espace de quelques secondes, nous nous sommes retrouvés dans un brouillard à couper au couteau. On n’y voyait pas à cinq mètres. Le petit chien avait disparu, mais j’entendais le bruit de sa clochette qui nous suivait et qui me rassurait. Nous suivions les marques jaunes du sentier de randonnée peintes sur des pierres à espaces réguliers. Grâce à elles, nous allions pouvoir retrouver le chemin de l’auberge.

Mais tout à coup, il n’y a plus eu de marques jaunes. Nous nous sommes souvenus qu’à un endroit le chemin se divise et part vers la droite. Apparemment, sans nous en rendre compte, nous avions pris le chemin qui n’est pas balisé et qui s’enfonce dans la forêt. Je me suis rendu compte que nous étions perdus et j’ai commencé à avoir vraiment peur. Je n’entendais plus la clochette du chien. Lui ne s’était pas trompé et il était sûrement, loin de nous, en direction de l’auberge. Mais peut-être pouvait-il encore nous entendre ? J’ai regretté de ne pas connaître son nom et je me suis contentée de crier, aussi fort que je le pouvais : « Le chien, le chien, où es-tu ? »

Silence total. J’ai renouvelé mes appels. L’angoisse m’envahissait de plus en plus. Mais à mon grand soulagement, j’ai entendu, venant de très loin, le tintement de la clochette qui se rapprochait. J’ai continué à appeler pour guider le chien vers nous. Quelle joie de le voir tout à coup apparaître à travers le brouillard ! Il s’est apparemment rendu compte qu’il était devenu un chien guide, et prenant son rôle au sérieux, il nous a précédés, en se retournant de temps en temps, pour s’assurer que nous le suivions. Il nous a remis sur le bon chemin et nous a ramenés à l’auberge.

Je sais bien qu’il ne pouvait pas me comprendre, mais je lui ai quand même dit, en le quittant, avec beaucoup de reconnaissance dans la voix : « Merci le chien ! »

Publié dans CHIENS

Partager cet article

Repost 0

LE CHASSEUR QUI N'AIMAIT PAS SON CHIEN

Publié le par Françoise Andersen

 

Après une courte promenade sur un sentier du Col du cou, dimanche dernier, nous nous étions assis sur un banc pour admirer le paysage et les planeurs, qui atterrissaient pas loin de là.



 


 

Je dis “courte promenade” car nous avions vite fait demi-tour, en voyant arriver des chasseurs. Nous avions oublié que le dimanche est jour de chasse et nous n’avions pas envie d’être atteints par une balle perdue. Cela m’agace toujours énormément, à l’automne, de ne pas pouvoir me balader où j’en ai envie, à cause de ces maudits chasseurs. Et ils disent pratiquer ce “sport” parce qu’ils aiment le contact avec la nature ! Dans ce cas, ils n’ont qu’à faire de la randonnée et laisser ces pauvres animaux en paix.

 

Un break Mercédès, immatriculé à Genève, était garé derrière nous. Peu après, ses propriétaires - des Suisses Allemands - sont arrivés avec trois chiens, deux golden retrievers et un petit chien de chasse. J’ai entendu la dame qui appelait quelqu’un au téléphone, en indiquant l’endroit où elle se trouvait. Elle a terminé en disant : « Dans 10 minutes ? Merci. »

 

Un quart d’heure plus tard, mon mari m’a fait remarquer qu’une dépanneuse attendait sur un autre parking plus bas. C’était peut-être elle que les Suisses attendaient. Comme la dame n’avait pas bien pu expliquer où elle se trouvait, je suis allée lui demander si elle attendait une dépanneuse. Elle m’a répondu que non. Elle avait appelé le propriétaire du petit chien qui était perdu et qu’ils avaient ramené avec eux. Celui-ci avait en effet, sur son collier, une plaque avec un numéro de téléphone. Le monsieur lui avait promis d’être là dans 10 minutes, mais il n’était toujours pas là. Le coffre de la voiture était ouvert et les trois chiens étaient à l’intérieur. Le petit chien perdu était allongé, sa tête sur la cuisse d’un des golden retrievers qui lui servait d’oreiller. La dame, qui était assise sur le rebord de la voiture, le caressait doucement et il paraissait très content d’être là.

 

J’ai proposé de téléphoner au monsieur pour mieux lui expliquer où nous nous trouvions. J’ai été étonnée de sa réaction. Il m’a demandé s’il s’agissait d’un chien noir. Je lui ai dit qu’il était marron gris. Il m’a expliqué : « C’est parce que j’en ai plusieurs. » Cela m’a semblé bizarre qu’il ait plusieurs chiens qui se soient perdus en même temps. Cela n’avait en tout cas pas l’air de le perturber beaucoup. Il ne semblait pas non plus soulagé, comme l’aurait été n’importe quel maître qui aime son chien et qui l’aurait retrouvé. La dame suisse a trouvé cela assez inquiétant. Elle caressait tristement le petit chien. Elle m’a fait remarquer que le chien perdu était maigre et mal entretenu. Son propriétaire ne venait toujours pas et nous commencions à nous demander s’il allait venir. J’ai dit à la dame : « Il a l’air de se plaire avec vous ! », espérant qu’elle allait l’adopter ; mais elle a répondu que, malheureusement, elle ne pouvait pas avoir un troisième chien. On voyait qu’elle aurait bien voulu et que ce chien lui faisait de la peine. Mais pour l’instant il semblait heureux comme un roi et aussi choyé que ses deux nouveaux copains.

Mais tout à coup il s’est agité. Il a poussé des petits cris plaintifs. La dame a dit : « Il a l’air d’avoir mal quelque part. » Mais il ne s’agissait pas d’une douleur physique. Il avait sûrement senti que son maître arrivait, car, presque immédiatement, une voiture est arrivée sur le parking. Il l’a regardée en continuant à geindre. Quand la dame a voulu le faire descendre, en le tirant un peu par le collier, pour qu’il aille retrouver son maître, il a refusé et s’est reculé. Elle l’a alors pris dans ses bras pour le rendre à son propriétaire. Aucune joie de retrouvailles ni d’un côté ni de l’autre. Le petit chien semblait résigné et la dame et moi étions très tristes.

Un chasseur, avec qui j’ai parlé peu après, m’ a dit qu’il arrive fréquemment que des chiens se perdent pendant une chasse. Comment croire une chose pareille, étant donné leur flair ! Je crois plutôt que leur maître ne les considère que comme un instrument de chasse et les traitent mal. Alors ils se sauvent sûrement exprès, dans l’espoir de trouver un autre foyer où ils seraient plus heureux. Cela m’a fendu le coeur.

Je repense encore avec tristesse à ce petit chien et je suis sûre que la dame suisse ne l’a pas oublié non plus. Je regrette de ne pas lui avoir donné mon adresse email, car j’aurais aimé qu’elle lise cette histoire.

 

©  Françoise Andersen

Cette histoire a déjà été publiée, il y a quelques années, sur le site de l'école de Martigny (Suisse)

           http://zwook.ecolevs.ch/martigny/zwook/enfants/histoiresvraies

Publié dans CHIENS

Partager cet article

Repost 0

1 2 > >>