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Le pigeon voyageur (suite)

Publié le par Françoise Andersen

Quatre semaines avaient passé depuis l'arrivée de ce pigeon voyageur en panne de GPS. Son propriétaire ne semblait guère intéressé par un pigeon qui ne pouvait / (voulait ?) pas rentrer chez lui et mon mari supportait de plus en plus mal sa présence et surtout ses déjections.

Pour lire le début de l'histoire, vous pouvez cliquer sur ce lien:

Il restait presque toujours posté sur le toit au-dessus de la porte qui donne sur la terrasse du séjour. C'est là que j'avais commencé à lui donner à manger le premier jour et il ne voulait apparemment pas rater une distribution de nourriture. Parfois je ne le voyais pas mais, dès qu'il entendait la porte s'ouvrir, il arrivait de nulle part, foncant sur moi comme un missile à tête chercheuse

Le pigeon voyageur (suite)

Il avait remarqué que le matin, quand je me levais, je sortais souvent dans le jardin par la porte d'entrée, qui donne sur la facade. Alors il avait trouvé un truc: il m'attendait sur la pelouse, positionné dans le prolongement du coin de la maison, de facon à surveiller en même temps les deux portes. Vous allez avoir du mal à me croire, mais si je sortais par devant et que je lui disais: " Va sur la terrasse, j'arrive", il s'y précipitait, arrivant parfois avant moi, qui devais traverser la maison.

A la fin de son repas, j'avais l'habitude de lui donner, en plus du mélange de graines, ce que j'appelais son "dessert" (des cacahuètes). Alors une fois qu'il avait mangé toutes ses graines préférées il laissait les petites rondes et me regardait droit dans les yeux, l'air de dire; "Il vient, mon dessert ?". Et bête comme je suis, je cédais, me disant que les petits oiseaux viendraient manger le reste.

Mais un jour que ma réserve de cacahuètes était épuisée (et même les noisettes destinées à mon usage personnel) monsieur a refusé de finir son repas. Alors je lui ai dit, comme je l'aurais fait avec un enfant: " Si tu as vraiment faim, tu n'as qu 'à manger les graines qui restent". Et cette fois, je n'ai pas cédé. Il a semblé comprendre et il a fini son assiette, si je puis dire. Alors seulement je lui ai donné quelques cacahuètes.

Mon mari bouillait. Il me disait: "Comment veux-tu qu'il s'en aille alors que tu le gâtes ainsi" . J'avouais qu'il avait raison, mais en fait je trouvais sympa d'avoir un animal de compagnie.

Le pigeon voyageur (suite)

Mais les choses se sont gâtées quand d'autres animaux ont commencé à venir partager son repas. Tant que ce n'était que des moineaux, des merles, des  pigeons, des pinsons, etc.,.cela m'a été égal. Mais un beau jour que vois-je ? (En haut à gauche sur la photo)

Oui, vous avez bien vu: UNE SOURIS. Mignonne comme tout d'ailleurs. On aurait dit "Jerry" du dessin animé "Tom og Jerry".

Le pigeon voyageur (suite)
Le pigeon voyageur (suite)

C'en a été trop pour mon mari qui m'a dit que j'allais attirer des rats et que je devais contacter au plus vite le propriétaire de ce pigeon ou l'association locale de colombophiles de la ville voisine. Autant j'avais de la sympathie pour cette petite souris - même si je me disais que c'était peut-être elle qui avait squatté la maison cet hiver - autant l'idée de voir le jardin envahi par une horde de rats m'a tellement terrorisée que j'ai tout de suite pris le téléphone.

J'ai réussi à joindre le président de l'assocation de colombophiles de la ville voisine qui m'a dit que je n'avais qu'à cesser de le nourrir et que quand il aurait bien faim, il rentrerait chez lui. 

Un long jeûne, qui a été aussi pénible pour lui que pour moi, a commencé. Il venait mendier et je l'avais toujours dans les pattes. Le matin, la faim devait le réveiller vers 5 heures et il marchait de long en large sur le toit, m'empêchant de me rendormir. Et puis, lui qui avait toujours été silencieux, s'était mieux à émettre une sorte de roucoulement, qui me tapait sur les nerfs. C'était un son sourd et répétitif accompagné d'un gonflement menacant du jabot et un mouvement irascible de la tête en arrière, qui commencait à me le rendre antipathique.

Mais souvent au contraire, j'avais pitié de lui. J'avais surtout honte quand il nous regardait nous empiffrer sous ses yeux de l'autre côté de la vitre. Pour pouvoir continuer à manger malgré ma mauvaise conscience, j'étais obligée de baisser les stores vénitiens au grand dam de mon mari qui en avait assez d'être tyrannisé par un pigeon.

Le monsieur m'avait non seulement dit de ne plus lui donner à manger, il m'avait aussi dit de le chasser. Mais ce sacré pigeon s'en fichait de mes mouvements de bras et de mes "Rentre chez toi". Parfois il s'envolait mais c'était comme si j'avais lancé un boomerang. Il revenait toujours vers moi.

Un jour j'ai cru pouvoir le déloger du toit en ouvrant et fermant un grand parapluie sous son nez. Il est resté immobile et incrédule ayant l'air de se dire: "Mais qu'est-ce qu'il lui prend? Elle a complètement pété les plombs, la vieille!"

Alors j'ai essayé de le piéger avec la grande cage-mangeoire. Je me disais qu'il devait avoir très faim à force, qu'il allait y  entrer et que je n'aurais qu'à refermer le couvercle. Il a effectivement été attiré, mais il a mangé les graines en passant son cou à travers les barreaux.

Le pigeon voyageur (suite)

Après avoir pris la précaution de mettre de gros gants de jardinier en cuir, j'ai essayé de l'attraper par derrière, me disant que trop occupé à manger il ne n'apercevrait de rien, mais il avait une trop bonne vision latérale pour se laisser avoir. .

Changeant de tactique, je me suis dit que je pourrais mettre le couvercle sur lui. pendant qu'il marchait tranquillement sur la pelouse. Le spectacle devait valoir son pesant d'or: le pigeon se dandinant tranquillement avec, derrière lui, moi armée de mon couvercle et marchant aussi à petits pas comme un canard. Bref ca a raté.

Alors j'ai eu l'idée d'utiliser le couvercle comme un piège. Je l'ai tenu en biais après avoir mis dessous quelques cacahuètes et j'ai pris mon ton le plus alléchant pour lui dire: "Viens. j'ai des cacahuètes pour toi". Il a réagi tout de suie et est arrivé aussi vite qu'il le pouvait. Le reste a été un jeu d'enfant. J'ai reposé le couvercle. Habitué à être transporté dans des paniers en osier, il n'a pas protesté. J'ai même eu l'impression qu'il en avait assez de sa vie de SDF et qu'il était content d'avoir enfin un toit. Comme le soleil tapait, je suis allée chercher un parasol et j'ai glissé sous le couvercle une coupelle avec de l'eau. J'ai pris aussi la précaution de l'empêcher de s'envoler en mettant un pavé de chaque côté.

Le pigeon voyageur (suite)

J'avais peine à croire que j'avais réussi. Heureusement un petit bout de queue qui dépassait me prouvait qu'il était bien à l'intérieur.

Le pigeon voyageur (suite)

J'ai immédiatement téléphoné au président de l'association colombophile de la ville voisine, car il m'avait dit qu'il viendrait le chercher, si je réussissais à l'attraper. Il a tenu parole et, une demi-heure plus tard, le pigeon, qui avait l'air satisfait de la situation, se trouvait dans ses mains, au grand soulagement de mon mari.

Le pigeon voyageur (suite)

J'ai aussi  téléphoné au propriétaire pour le mettre au courant. Il a été très content car il devait y avoir une nouvelle course quelques jours plus tard et ses pigeons allaient partir pour l'Allemagne en camion.

Mon mari, qui est plutôt du genre pessimiste m'a dit: "Tu as sûrement fait tout cela pour rien, car je pense qu'il va faire une nouvelle escale ici au retour". J'ai alors téléphoné à nouveau au propriétaire en lui faisant part des appréhensions de mon mari. Il a reconnu: "Je pense qu'il a raison. Je ne l'enverrai pas en Allemagne. La prochaine fois je l'enverrai en Suède". Mais est-ce que cette précaution suffira ? A vol d'oiseau, la Suède n'est pas si loin ....

 

FIN                 (enfin j'espère...)

Publié dans OISEAUX

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