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43 articles avec oiseaux

Le reflet dans la vitre

Publié le par Françoise Andersen

 

Il y a quelques années, il arrivait assez fréquemment que des petits oiseaux se cognent contre la vitre de la cuisine, en venant manger et boire sur la terrasse de notre petite maison danoise. En général, ils s’en sortaient bien. Soit ils repartaient immédiatement en sens inverse. Soit dans le pire des cas, ils restaient quelques secondes par terre un peu groggy. Puis ils se secouaient comme pour se remettre les idées en place, et ils reprenaient leur envol. Mais il y avait déjà eu un accident mortel. C’est pourquoi, en entendant tout à coup un bruit plus fort que d’habitude, je me suis précipitée dehors, pleine d’appréhension.

 

Je ne comprenais pas ces vols quasi suicidaires étant donné que, de l’extérieur, on voyait bien tous les meubles de la pièce à travers la vitre. Même si celle-ci était invisible pour les oiseaux, il n’y avait aucune raison pour qu’ils essaient d’entrer dans la maison. Et bizarrement, le choc se produisait presque toujours dans la partie basse, au niveau du petit meuble blanc à tiroirs.


                   

 

Mon coeur battait donc très fort quand j’ai ouvert la porte de la terrasse. Je n’osais presque pas regarder par terre. Quand j’ai enfin baissé les yeux, j’ai vu une petite mésange bleue qui gisait sur le dos, les pattes en l’air et les yeux clos. J’ai d’abord cru qu’elle était morte, mais quand je me suis baissée vers elle, j’ai eu l’impression que sa poitrine se soulevait. Mais je ne savais pas comment la réanimer. Je ne pouvais pas lui faire du "bouche à bec" !

 

Je me suis alors rappelée qu’une amie m’avait dit un jour que sa perruche s’était envolée de sa cage et avait violemment heurté le mur. Elle lui avait fait reprendre connaissance en lui mettant une goutte d’alcool dans le bec. Trouvant l’alcool trop fort pour un bébé oiseau, j’ai mélangé quelques gouttes de cognac avec de l’eau. J’ai mis ensuite délicatement la petite mésange dans ma main gauche, dans la position où je l’avais trouvée. J’ai glissé quelques gouttes du liquide alcoolisé dans son bec et l’effet a été presque immédiat. Elle a ouvert un oeil, puis l’autre. Puis elle a battu des ailes et s’est remise sur ses pattes, dans le creux de ma main. Un vrai miracle ! Elle ne semblait pas effrayée et me regardait calmement. Les oisillons sont beaucoup moins sauvages que leurs parents. On dirait qu’ils ne savent pas encore que le monde peut être très hostile. Ils ont le même regard confiant que les petits enfants.

 

J’ai décidé de garder cet oisillon en observation, car il me semblait trop faible pour être abandonné dans la nature. Il aurait en effet pu être attaqué par un de ces petits rapaces qui tournoient souvent dans le ciel, au-dessus du jardin. Leur regard est très perçant et ils peuvent fondre sur leur proie à une vitesse vertigineuse. Et puis à cause de mon traitement, son taux d’alcoolémie devait être trop élevé pour lui permettre de voler en toute sécurité ! J’ai donc décidé de le garder à l’intérieur, devant la porte ouverte, jusqu’à ce qu’il soit complètement rétabli. Ses griffes glissaient sur le parquet, alors je suis allée chercher une feuille de papier de verre. C’est ce qu’on met au fond des cages. J’ai déposé l’oisillon dessus avec précaution. Ses pattes étaient encore flageolantes et il clignait des yeux comme s’il était sur le point de s’endormir. C’était probablement l’effet de l’alcool. Je comptais essayer de lui donner la becquée quand il aurait repris des forces. Mais peu après, je l’ai vu tout à coup battre des ailes. Avant que j’aie eu le temps de réagir, il s’était déjà envolé vers les arbres. J’ai été heureuse qu’il soit indemne, mais en même temps un peu triste qu’il soit déjà parti. Il faut dire que je m’attache facilement...

 

Quand, un peu plus tard, des petites mésanges sont venues grignoter dans la mangeoire, je me suis dit que "la mienne" était peut-être parmi elles. J’ai regretté de ne pas avoir eu l’idée de lui avoir mis quelque chose à la patte, afin de pouvoir ensuite la reconnaître.

 

Mais le mystère restait toutefois entier. Pourquoi des d’oiseaux essayaient-ils d’entrer dans la maison ? J’ai découvert un jour, par hasard, la clé du mystère : l’après-midi, quand il y avait du soleil et sous un certain angle, la vitre devenait presque un miroir. A la place du petit meuble blanc, on voyait distinctement le reflet de la mangeoire, vers laquelle ils se précipitaient donc.


                 

 

Depuis que j’ai éloigné la mangeoire et la coupelle de la terrasse et que j'ai  suspendu, devant la vitre, un mobile représentant un gros oiseau, il n'y a plus eu aucun accident.

Publié dans OISEAUX

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Un oisillon avec du fard à paupières bleu :)

Publié le par Françoise Andersen

J'ai été très étonnée  en agrandissant une photo que j'avais prise dans un parc. Cette boule de poils ébouriffée ressemblait à un animal de dessin animé avec des petits yeux noirs et des paupières bleues à moitié fermées. 

 

 

                          P1090364

 

 

Et puis en regardant plus attentivement la photo, je me suis aperçue que ses "vrais" yeux étaient en-dessous. 

 

Sur une autre photo, prise sous un autre angle et moins agrandie, il a l'air en effet  plus normal.

 

 

    P1090368.JPG

 

Je n'ai pas vu de plumes bleues sur sa maman, qui m'a semblé être une poule-d'eau.

 

                               DSCN2879.JPG

 

Mais peut-être était-ce un petit mâle. Les mâles sont toujours plus beaux que les femelles (chez les animaux   

 

Je viens de retrouver une autre photo. Cette fois-ci, on dirait que c'est le papa qui est avec lui. Il est plus coloré que la femelle et on dirait qu'au-dessus du bec il a des plumes bleues. 

 

Je me dépêche de prendre les photos tant que mes "modèles" sont coopératifs et je fais souvent cela plus ou moins à l'aveugle. Ce n'est que quand je les charge sur l'ordinateur que je vois vraiment ce que j'ai pris.

 

 

     P1090364-copie-1.JPG

 

Dès que je rentre à la maison, je me dépêche de les charger et j'ai souvent de belles surprises. En tout cas, j'ai beaucoup de chance, car je fais souvent d'intéressantes rencontres.

 

 

Publié dans OISEAUX

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L'oie de garde

Publié le par Françoise Andersen

Près de notre immeuble, quand nous habitions la banlieue de Copenhague, il y avait un petit lac qui était une véritable réserve d’oiseaux sauvages. Il y avait des cygnes, des mouettes, toutes sortes de canards et parfois aussi des oies.

 

                   

 

Un jour que nous avions fait une promenade autour du lac et que nous rentrions chez nous, notre attention à été attirée, dans une rue toute proche, par une oie qui faisait le tour d’une voiture, à pas cadencés. Nous nous sommes arrêtés pour l’observer. On aurait dit un soldat qui montait la garde. Dès qu’elle avait fait le tour de la voiture, toujours à la même distance (environ 50 cm) et à la même vitesse, elle repartait pour un autre tour. Intriguée par son manège, j’ai voulu traverser la rue pour l’observer de plus près, mais elle s’est mise à pousser des cris affreux et à battre des ailes, en me regrdant d’un air vraiment mauvais. Elle semblait partagée entre l’envie de rester près de la voiture et de traverser pour m’agresser. J’ai prudemment battu en retraite et nous avons poursuivi notre chemin.

 

 

Le lendemain nous sommes repassés au même endroit, pour voir si l’oie était encore là. Elle était toujours à son poste. Dès qu’elle avait fini de longer la voiture, elle virait à angle droit pour continuer son tour.

 

Ce jour-là il y avait une autre voiture garée derrière la jaune, mais cela ne l’empêchait pas de se faufiler dans cet espace restreint pour continuer sa ronde. Apparemment les habitants du quartier savaient qu’elle était agressive et s’en méfiaient. Sur la photo, on voit en effet que le cycliste amorce un détour pour ne pas passer trop près d’elle et se faire agresser.

 

Nous avons remarqué que la maison devant laquelle la voiture jaune était garée avait les volets fermés. J’ai dit à mon mari pour plaisanter : "Ces gens-là doivent être partis en vacances en avion. Ils ont sûrement l’habitude de donner à manger à l’oie et, en échange, elle monte la garde devant leur voiture pendant leur absence". Ce petit manège a duré environ deux semaines. Le jour où nous avons vu que les volets de la maison étaient à nouveau ouverts, l’oie avait disparu.

 

Peut-être qu’une oie peut se comporter comme un chien ? Quand ma petite-fille était bébé, sa maman l’avait mise un jour dans son landau, dans le jardin, pour qu’elle fasse sa sieste. Elle avait dit à Blacky, le labrador : "Garde le bébé". Il s’était assis près du landau, semblant tout fier de ses nouvelles responsabilités. Quand la voisine, qui était une amie de ma belle-fille et qui connaissait pourtant bien Blacky est entrée peu après dans le jardin, Blacky ne l’a pas laissée approcher du landau. Il grognait, montrait ses crocs et avait l’air si féroce qu’elle a dû rebrousser chemin. Peut-être qu’avant de partir, les habitants de la maison avaient dit à l’oie : "Garde la voiture"....

 

 

 

Publié dans OISEAUX

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La maman cygne

Publié le par Françoise Andersen

 

L’été, quand nous séjournons au Danemark, sur l’île de Lolland, nous aimons beaucoup faire des balades à bicylette sur la digue. Elle longe la mer Baltique sur une trentaine de kilomètres et protège les terres qui ont été asséchées il y a environ deux siècles. Au début, cette digue ne faisait que 2,40 m de haut, mais elle a été réparée et réhaussée après un raz de marée qui avait fait 86 victimes en 1872. Elle fait maintenant 3,70 m de haut. Notre maison est au-dessous du niveau de la mer et il faut monter un escalier pour aller sur la plage.

 

 Un jour nous avons aperçu de loin un cygne qui allait et venait, semblant chercher quelque chose.

Nous avons l’habitude de voir de temps en temps des faisans ou des lièvres sur la digue, mais nous n’y avions jamais vu de cygne. Normalement ils sont dans les marais, côté terre. Parfois ils s’envolent pour aller se poser, de l’autre côté, sur la mer.

Ce cygne semblait tout à fait désorienté : il faisait des allées et venues rapides entre la digue et la mer. Il tournait la tête de tous les côtés et se penchait parfois pour examiner le sol entre les hautes herbes. J’ai dit à mon mari en plaisantant : "Il a dû perdre quelque chose !". En effet, il me faisait penser à quelqu’un qui aurait perdu ses clés ou son téléphone portable. Comme il ne pouvait pas avoir perdu quelque chose, je me suis dit qu’il était peut-être fou. Ceci s’est confirmé quand nous nous sommes rapprochés et qu’il nous a barré la route en battant des ailes. Son bec était grand ouvert et il en sortait des bruits agressifs. Il avait l’air très menaçant. Nous sommes descendus de nos bicyclettes n’osant aller plus loin, car il avait l’air très menaçant. Je me sentais assez ridicule et je me demandais combien de temps nous allions nous laisser tyranniser par ce méchant oiseau.

Heureusement, un groupe de cyclistes est arrivé à toute vitesse en sens inverse. Il a pris peur devant tous ces vélos qui fonçaient sur lui et a battu en retraite, en descendant de l’autre côté de la digue. C’est alors que mon mari m’a dit : "Regarde les petits cygnes". En contrebas, des bébés cygnes attendaient patiemment leur maman. Je suppose qu’ils ont été très heureux de la retrouver et elle de retrouver sa petite famille.

Étant donné que ses bébés étaient trop petits pour s’envoler avec elle vers la mer, elle y était allée à pieds - ou plutôt à pattes - suivie de sa marmaille. Peut-être qu’au moment où elle traversait la digue, des passants avaient effrayé les petits cygnes qui étaient redescendus au lieu de suivre leur maman. Quand celle-ci s’était aperçue de leur absence, elle s’était donc mise à les chercher et à empêcher les gens de passer, de peur qu’ils trouvent ses petits avant elle et qu’ils leur fassent du mal.

Cette histoire s’est heureusement bien terminée et elle montre que toutes les mamans sont pareilles : elles font tout pour protéger leurs petits.

Publié dans OISEAUX

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L'OISEAU - PHÉNIX

Publié le par Françoise Andersen

 

 “Françoise ! Viens voir un drôle d’oiseau”. Je me suis précipitée dans le jardin et j’ai vu une grosse boule de plumes qui poussait des petits cris désespérés en levant vers moi un bec jaune béant.

J’ai mis un certain temps avant de m’apercevoir qu’il s’agissait tout simplement d’un bébé merle. Le pauvre avait si peur qu’il ébouriffait ses plumes et paraissait ainsi énorme. Pas de maman merle à l’horizon. J’allais une fois de plus jouer les mamans merles adoptives. Comme je ne pouvais pas aller dénicher un vermisseau pour le lui mettre dans le bec, je me suis contentée de faire une sorte de pâtée avec de la mie de pain et de déposer le tout devant lui, mais pas trop près afin de ne pas l’effaroucher. Puis je suis retournée dans la maison et je l’ai observé de ma fenêtre.

 

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L’oisillon était apparemment affamé, car il n’a pas tardé à venir picorer ma pâtée. Peu après, il a disparu dans la haie, mais j’ai continué chaque jour à déposer de la nourriture. Au bout de quelque temps, il est venu manger les miettes destinées aux moineaux. Et très vite, il est arrivé le premier quand je jetais mes miettes.

 

J’ai décidé de l’apprivoiser. Ne connaissant pas son nom, je me suis contentée de l’appeler “P’tit oiseau”. Au bout de quelques jours il répondait à l’appel, avant que je lui jette les miettes depuis la porte de la cuisine. Il n’a pas tardé à devancer mon appel et à venir mendier devant la porte. Même quand j’avais le dos tourné, je sentais tout à coup sa présence et j’étais heureuse d’avoir ce petit compagnon à la fois libre et dépendant de moi. Même si je n'étais que sa maman adoptive, j'étais fière de le voir grandir.

 

                        Fichier:Tmerulajuvenile

 

Mais un jour, le drame s’est abattu sur mon jardin. J’ai trouvé P’tit oiseau inerte sur la terrasse. 

 

                        Actu-format-vitres.jpeg

 

J’ai soulevé avec précaution le petit corps encore tiède et je l’ai enterré, le coeur très triste. J’ai planté sur la petite tombe deux primevères.

 

Le lendemain matin, il faisait soleil, mais le jardin m’a pourtant semblé triste et sans vie. Je tournais le dos à la porte donnant sur la terrasse, quand il m’a semblé sentir la présence de P’tit oiseau. Je me suis dit que j’étais folle, car de la fenêtre je voyais la petite tombe toute fraîche. Je me suis quand même retournée et, miracle, P’tit oiseau était là, devant moi, tel l’oiseau phénix renaissant de ses cendres. Et c'était bien lui et non pas un autre oiseau, car il s'avançait vers moi, sans avoir peur. 

 

 

Je ne connaîtrai jamais la vérité, mais je pense qu’il y a deux explications possibles : l’oiseau que j’avais enterré était un “étranger” ou bien P’tit oiseau avait un frère. Peut-être qu’ils étaient deux, mais que je n’en avais vu qu’un seul à la fois. Enfin je n’ai pas cherché à comprendre. J’avais devant moi ce petit oiseau apprivoisé et bien vivant, alors qu’importe. Il ne faut pas chercher à expliquer les miracles...

 

Publié dans OISEAUX

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Les oies dans la bergerie

Publié le par Françoise Andersen

 

 


Il y a quelques années, après avoir fait une longue promenade le long des crètes des Mémises, nous avons décidé de faire un détour, pour aller acheter du fromage de chèvre dans une bergerie dont on nous avait parlé. Une jeune femme et son mari vivaient là pendant l’été, avec leurs chèvres, complètement isolés du monde extérieur. L’hiver, ils redescendaient dans leur ferme, dans la vallée.


Il y avait une petite clôture autour de la maison, mais la porte était ouverte. Une dizaine d’oies se tenaient groupées au fond de la cour. Quand nous avons voulu y pénétrer, l’une d’elles, très agressive, s’est précipitée vers nous les ailes déployées, le cou en avant, en poussant des cris affreux.

 

                                      220px-Embden_goose_at_zoo.jpeg

 

Les autres l’ont immédiatement imitée. Elles avaient vraiment l’air menaçantes et nous avons dû battre en retraite. Tant pis pour le fromage !


Comme si cette attaque d’oies ne suffisait pas, deux gros chiens ont surgi en aboyant férocement.

 

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Là, j’ai commencé à avoir vraiment peur. Mais il s’est passé quelque chose d’étonnant. Ce n’était pas à nous qu’ils en voulaient, mais aux oies. Ils leur ont fait faire demi-tour et les ont pourchassées jusqu’au fond de la cour, où elles sont restées parfaitement immobiles. Une fois leur travail terminé, les chiens sont revenus calmement vers l’entrée de la cour et se sont postés de chaque côté de la porte. Ils avaient l’air très gentils et frétillaient de la queue en signe de bienvenue. Il ne leur manquait que la parole pour nous dire : « Je vous en prie, entrez, n’ayez pas peur. Tant que vous êtes sous notre protection, les oies n’oseront rien vous faire. ». Ils nous ont ensuite escortés jusqu’à la maison, où la bergère nous a accueillis. Elle nous a présenté toutes ses biquettes, qui semblaient contentes d’avoir de la visite et qui ont accepté mes caresses. Nous avons eu la chance d’assister à la traite, qui se faisait à la main, à l’ancienne. Ensuite nous avons acheté notre fromage. Sans l’aide des deux chiens, nous n’aurions jamais osé braver les oies.

Publié dans OISEAUX

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MES CANARDS - FIN - (2:2) Les retrouvailles

Publié le par Françoise Andersen

 

Je suppose que vous vous souvenez de mes canards sauvages ? Je les ai rencontrés l’année suivante. Je me promenais dans le quartier, quand j’ai tout à coup entendu des "RAP RAP" véhéments ("coin coin" en langage canard danois).


J’ai alors aperçu une cane perchée sur le toit d’un auvent. Elle tendait le cou dans ma direction, comme si ses cris m’étaient adressés. Je me suis arrêtée. Elle s’est alors tournée vers le mâle qui semblait sommeiller à côté d’elle, et l’a réveillé par cinq ou six "rap rap" véhéments.

 

Le mâle a d’abord eu l’air éberlué de quelqu’un qu’on réveille en plein milieu d’une bonne sieste, puis il a tourné également le cou de mon côté, et s’est joint à sa femelle.

 

                                              photo_9046196_canard-colvert-singing.jpeg

 

Ce n’est qu’en plein milieu de ce concert qu’une idée m’est venue. Et si c’étaient "mes" canards", et s’ils m’avaient reconnue ? Pourquoi pas ? La chienne d’une de mes amies m’a bien reconnue après quatre ans passés au USA !

 

J’étais de plus en plus sûre que c’étaient « mes » canards. Ils semblaient avoir trouvé à nouveau le gîte et le couvert. En voyant que la femelle avait l’air de couver, je me suis dit que je pourrais peut-être bientôt terminer mon histoire ainsi : "Ils furent heureux et eurent beaucoup de canetons".

 

                                             photo_15423954_profil-d-39-un-canard-colvert-femelle-se-re.jpeg


Je ne m’étais pas trompée, car l’histoire a eu une fin heureuse quelques semaines plus tard. Mais elle a bien failli se terminer tragiquement. Nous passions en voiture devant l’endroit où j’avais vu la cane qui couvait quand, tout à coup, mon mari a freiné très brutalement, sans que je sache pourquoi. J’ai vite compris en voyant la cane traverser la rue juste devant notre capot suivie de 5 ou 6 canetons.

 

Imaginez ce qui aurait pu arriver, s’il n’avait pas réagi à temps ! Le dernier caneton a eu beaucoup de mal à monter sur le trottoir, mais il y est finalement parvenu. Tout ce petit monde s’est dirigé vers la parc voisin, où les bébés canards allaient pouvoir connaître, pour la première fois, les joies de la baignade dans le petit lac.

 

                   photo_11833608_canard-des-marais.jpeg        photo_9586106_canard-avec-peu-de-canetons-copie-2.jpeg                                                        

 

Dans les années 60, en pleine ville de Copenhague, avant que les voitures n’envahissent trop les rues, on pouvait parfois voir, au printemps, des canes avec leurs canetons traverser la rue, aidés par un policier. C’était même devenu l’emblème de la ville. Dans les offices de tourisme, on voyait une affiche avec un dessin représentant un policier faisant traverser une famille de canards. Elle portait l’inscription :

                                       

                                        WONDERFUL COPENHAGEN 

 

                                         cancop.jpeg

 

C’est encore une ville merveilleuse, mais elle l’était encore plus autrefois.

 

Publié dans OISEAUX, CANARD

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MES CANARDS SAUVAGES (1:2)

Publié le par Françoise Andersen

 

Un beau matin de printemps, je vois tout à coup, sur la pelouse de mon immeuble, un couple de canards qui semblaient regarder fixement en direction de ma fenêtre. 

 

                            14175645-mallard-duck                                      

                                                       

Étant donné que pendant tout l’hiver j’avais nourri consciencieusement un couple de merles, plusieurs mésanges et je ne sais combien de moineaux, je me suis dit que la rumeur s’était propagée parmi la gent animale.

 

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Afin de ne pas ternir ma bonne réputation d’amie des bêtes, je leur ai donc jeté des morceaux de pain. Ils n’ont pas tardé à s’approcher, la femelle en tête, bien décidée, et le mâle derrière, plus timide. Ils avaient un solide appétit et j’ai dû à plusieurs reprises jeter à nouveau du pain.

 

Je pensais qu’ils étaient seulement de passage, et le lendemain matin j’avais tout oublié, quand mon mari me dit tout à coup : "Tes canards sont là". En effet, ils étaient au même endroit que la veille. Mais cette fois-ci, je n’ai pas eu à jeter du pain : dès que j’ai ouvert la fenêtre, ils sont accourus.

 

La scène s’est répétée chaque matin. Au bout de quelques jours, je n’avais qu’à apparaître derrière la vitre, et ils me repéraient tout de suite. Un jour, j’étais en retard pour un rendez-vous, et je les avais oubliés. Quand je suis sortie, ils m’attendaient à la porte. J’étais bien ennuyée, mais je n’avais absolument pas le temps de remonter chercher du pain. J’ai donc lâchement fait semblant de ne pas les voir, mais ils m’ont suivie jusqu’au garage à la queue leu leu. J’avais bonne mine avec ma procession de canards et ma mauvaise conscience !

 

Quand je suis rentrée, deux heures plus tard, ils m’attendaient à la porte du garage. Ils m’ont suivie jusqu’à l’entrée de l’immeuble,

et ils ont attendu patiemment dehors. Devant tant de confiance, j’ai craqué et je suis descendue leur donner à manger. La femelle est venue prendre le pain dans ma main, le mâle, toujours plus craintif, attendait que je lui jette la nourriture.

 

                                         photo_9513699_canard-colvert-femelle--anas-platyrhynchos-a.jpeg

 

Chaque jour, une fois rassasiés, ils prenaient leur essor et s’envolaient vers un lac situé près de chez moi.

 

Un jour, ils ne sont pas revenus. Mais une surprise m’attendait au printemps suivant : un matin, j’ai été réveillée par des "rap-rap" (le "coin-coin" du canard danois) sous ma fenêtre. C’étaient "mes" canards ! Cela s’est reproduit pendant trois ans. Un jour où je tardais à faire ma distribution quotidienne de nourriture, j’ai vu tout à coup la femelle apparaître à hauteur de ma fenêtre, qui se trouve au deuxième étage.

 

                                              photo_4578310_vol-d-39-un-canard-sauvage-pres.jpeg

 

Elle est restée là à battre des ailes pendant quelques secondes, en me regardant fixement. Cela fait un drôle d’effet de voir tout à coup une tête de canard tout contre la vitre !


Et puis cette année, suite à des plaintes de voisins qui trouvaient peut-être que mes canards polluaient plus que leurs voitures, le règlement a interdit, sous pleine d’expulsion, qu’on donne à manger aux animaux sauvages. Pourtant, je n’avais jamais vu de saletés : ils ne restaient que l’espace d’un repas et partaient, avec beaucoup de tact, faire leurs besoins ailleurs ! Mais il y a peut-être eu une ou deux exceptions ?

 

Ils sont donc partis, et quand je vois un couple de canards sauvages survoler la cour, j’espère que ce sont mes canards et qu’ils ont trouvé une nouvelle amie ailleurs. Peut-être qu’ils ne m’ont pas oubliée ? D’ailleurs j’ai bien l’impression qu’en passant devant l’immeuble, ils tournent légèrement le cou dans ma direction...

 

                                          photo 10513130 canard-colvert-en-vol

 

                               

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LE NID FLEURI

Publié le par Françoise Andersen

 

 Dès notre arrivée au Danemark, en mai, je m'empresse toujours de sortir les meubles de jardin et d'aller acheter des plantes pour fleurir le jardin et la terrasse. Cette année, j'avais accroché, entre la porte et la fenêtre du petit chalet, qui nous sert de chambre d'amis, une corbeille dans laquelle j'avais planté des lobelias.

Pour les arroser plus facilement, je déposais parfois la corbeille sur le sol. Un jour, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant, derrière les fleurs, un joli petit nid vide. Il semblait abandonné. J'avais entendu dire que chez certaines espèces d'oiseau, le mâle construit plusieurs nids et ensuite la femelle en choisit un. Peut-être que ce nid n'avait pas été choisi et je le regrettais.

 


Mais je me suis aperçue, peu après, qu'il n'était pas terminé. J'ai vu en effet arriver un oiseau tenant dans son bec -non pas un fromage comme le corbeau de la fable - mais une petite plume blanche. Il ne ressemblait à aucun des oiseaux qui fréquentent d'habitude le jardin.  J'ai donc cherché dans un guide de poche édité chez Nathan1 et qui permet d'identifier les oiseaux.  J'ai trouvé qu'il s'agissait d'un gobemouche gris. La photo et la description correspondaient parfaitement : "Dos brun grisâtre avec des raies longitudinales sombres. Il construit un nid de mousse, de feuilles, de morceaux d'écorce et de déchets, qu'il capitonne ensuite de plumes." Dans les caractéristiques, il y avait aussi le poids et la taille (14 cm et 18 g), mais je n'ai bien entendu pas pu vérifier !

J'ai décidé de ne plus toucher à la corbeille, même si mes fleurs allaient flétrir, et de me contenter de prendre des photos en tenant mon appareil à bout de bras au-dessus du nid. En effet celui-ci était trop haut pour que je puisse voir l'intérieur. Chaque jour je photographiais ainsi le nid pour voir si l'oiseau était venu y pondre des oeufs. Ce que j'attendais avec impatience est enfin arrivé : il y avait un oeuf vert clair tacheté de marron.


Je pensais qu'il allait bientôt être couvé, mais plusieurs jours ont passé et le nid restait inhabité. Ensuite un deuxième oeuf est venu s'ajouter au premier. Comme les nuits étaient très fraîches, je pensais que ces pauvres oeufs orphelins n'allaient sûrement pas résister au froid. Cela m'a rendue un peu triste.

Heureusement, peu après, l'oiseau s'est enfin installé dans le nid, où il s'est mis à couver. Mais je me suis à nouveau inquiétée, car parfois il s'envolait et ne revenait que plusieurs heures plus tard. Peut-être s'était-il fait dévorer par un vilain matou ? Une explication moins pessimiste et plus plausible était que notre présence sur la terrasse l'effrayait sûrement. A partir de ce jour, j'ai fait tout mon possible pour ne pas le déranger. Mais parfois mon mari oubliait qu'il devait faire attention : il sortait sur la terrasse, effrayant l'oiseau qui abandonnait ses oeufs. Comme je lui avais reproché plusieurs fois son manque d'égards vis-à-vis de "mon" oiseau, il avait fini par prendre, comme moi, l'habitude de profiter de ses courtes absences pour aller, par exemple, arroser les fleurs ou cueillir du persil.

Normalement les mâles viennent nourrir les femelles dans le nid, mais il s'agissait apparemment d'une mère célibataire que le père avait lâchement abandonnée et elle devait donc subvenir seule à ses besoins. Nous n'allions sur la terrasse que quand nous y étions vraiment obligés et en attendant le moment propice, c'est-à-dire pendant ses repas. J'avais trop peur qu'elle n'ose plus revenir. Ainsi pendant environ un mois, nous avons dû déserter la terrasse et nous installer dans le jardin, assez loin du nid pour ne pas être ressentis comme une menace. Nous ne nous sentions plus chez nous. Cela commençait à agacer sérieusement mon mari.

Je continuais à photographier régulièrement le nid, dès que la maman s'absentait pendant quelques minutes. C'était plus facile et plus rapide que de prendre un escabeau pour voir s'il y avait du nouveau. Au bout d'une dizaine de jours, à la place des oeufs, j'ai vu deux oisillons avec de gros yeux et pas la moindre plume. L'un semblait plus gros que l'autre. C'était sûrement l'oeuf qui avait été pondu en premier. Ils étaient immobiles et j'ai eu peur qu'ils ne soient morts. Leurs corps inertes me faisaient penser à des poulets rôtis, à l'étalage d'un supermarché. Quelle déception ! J'aurais tant aimé voir ces petits oiseaux devenir grands et s'envoler.

Mes soupçons se sont confirmés quand le nid est resté silencieux, alors que j'aurais dû entendre de temps en temps des pépiements d'oisillons affamés. Pourtant la femelle semblait parfois leur donner à manger. Mais je n'entendais toujours aucun bruit et j'avais peur qu'elle s'obstine simplement à rester près d'eux, même si elle pouvait voir qu'ils n'étaient pas vivants.

Mais quand j'ai pris une nouvelle photo quelques jours plus tard, j'ai été très heureuse de voir qu'ils étaient bien vivants et qu'ils avaient poussé très vite.

Il m'a semblé toutefois qu'ils ne ressemblaient pas à des gobemouches. On aurait dit des petits de merle. Ceux-ci sont en effet marron et tachetés. Mon imagination s'est alors mise à galoper. Peut-être qu'un merle avait jeté les oeufs du gobemouches, comme le font les coucous et les avait remplacés par les siens ? Comment allait réagir la maman en voyant ses enfants devenir trois fois plus gros qu'elle ? J'ai repris mes recherches en ornithologie. Mon guide ne suffisant pas, je suis allée à la bibliothèque de Rødby où Jane, la gentille bibliothécaire, m'a prêté un gros livre sur le comportement des oiseaux. J'ai appris qu'il arrive que des merles pondent leurs oeufs dans un nid étranger, si leur propre nid a par exemple été détruit. Mais ils choisissent toujours le nid d'un autre merle, jamais celui d'une espèce différente. J'ai appris aussi que les jeunes gobemouches ont le plumage tacheté et plus foncé que celui des adultes. Il s'agissait donc bien de bébés gobemouches.

La maman est restée environ une semaine dans le nid. Je la voyais perchée de plus en plus haut, au fur et à mesure que les oisillons grandissaient. Je pense qu'ils ont fini par prendre trop de place, car un beau jour elle les a laissés seuls, le jour comme la nuit. Mais elle venait régulièrement leur apporter des insectes à manger. Je voyais maintenant deux petites têtes qui dépassaient du nid.

Le mâle avait fini par assumer son rôle de père. Il aidait maintenant la femelle à nourrir les petits. Tous les  deux protégeaient leur couvée et étaient très agressifs. Dès que j'ouvrais la porte de la terrasse, ils accouraient en poussant des cris affreux. Un jour, ils m'ont même attaquée. Ils m'ont foncé dessus comme des missiles à tête chercheuse. J'ai juste eu le temps de me réfugier dans la maison. Je me sentais ridicule d'avoir si peur de deux petits oiseaux. Mais ma crainte était en partie fondée : j'avais en effet entendu dire que, chaque année, des personnes faisant du jogging dans les bois, à proximité de nids d'oiseaux de proie, avaient été attaquées et blessées à la tête. Les petits gobemouches sont moins redoutables et ils voulaient, je pense, simplement m'intimider. Mon mari trouvait que j'étais ridicule d'avoir peur. Quand j'allais cueillir du persil, il me demandait goguenard : "Tu veux que je te couvre ?" comme si j'étais un personnage de film policier menacé par des hommes armés.

L'envol se faisant 12 ou 14 jours après l'éclosion, le moment approchait. En effet, un jour j'ai vu celui que j'avais surnommé "le grand frère" se dresser sur ses pattes et commencer à battre des ailes. Après quelques essais infructueux, il s'est tout à coup envolé. Sa maman qui, apparemment, l'avait observé comme moi, l'a rejoint et l'a escorté jusqu'à l'arbre le plus proche.

Quel drame pour le pauvre petit frère ! Il a piaillé toute la journée à vous fendre le coeur. Il était inconsolable, même si sa maman et son père continuaient à venir lui donner à manger. Il essayait de temps en temps de déployer ses ailes et de se dresser sur ses pattes. Mais celles-ci étaient flageolantes et il retombait à chaque fois au fond du nid. Le soir il a fini par se résigner et se coucher pour dormir. Cela a dû être très dur pour lui de ne pas sentir à côté de lui la présence réconfortante et la chaleur de son frère.  J'ai vraiment eu de la peine pour lui. Mais le lendemain, j'ai trouvé
le nid vide. Il avait réussi à aller rejoindre sa maman et son frère dans l'arbre.

Comme je ne voulais pas risquer un deuxième squat, j'ai enlevé la corbeille et nous avons retrouvé avec joie notre terrasse. Et l'on ne m'y reprendra plus. Je ne laisserai plus aucun oiseau investir la terrasse.


1 "Oiseaux des parcs et des jardins", Helga Hofmann, éd. Nathan 

Publié dans OISEAUX

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Mes mésanges bleues

Publié le par Françoise Andersen

Avant 2000, quand nous habitions en appartement au Danemark , dans la banlieue de Copenhague, nous possédions une petite maison en bois, à 2 km de chez nous. Nous y habitions de mai à septembre. J'aimais cette alternance entre la vie confortable que nous avions l'hiver et ces longues vacances presque du genre "camping". C'était en effet primitif (cabane au fond du jardin avec WC chimiques, douche à l'extérieur, puisard, pas de machine à laver, etc.), mais quelques minutes nous suffisaient pour retrouver notre confort. D'ailleurs nous passions presque tous les jours à l'appartement pour relever le courrier ou prendre notre douche, s'il faisait trop froid pour la prendre dans le jardin.

Beaucoup de citadins ont le même rythme de vie, dans un de ces jardins qui se trouvent à la périphérie des grandes villes. Je vous en parlerai un autre jour.

Mes mésanges bleues

Une année, j'avais installé dans le poirier une mangeoire destiné aux mésanges bleues, qui venaient l'hiver y grignoter mes boules de graisse et de graines. Nous passions en effet de temps en temps au jardin, même l'hiver, pour la remplir. C'était souvent notre promenade du dimanche.

Espérant avoir au printemps suivant des bébés mésanges, j'avais aussi acheté un nid dans un magasin spécialisé: c'était un tronçon de bouleau évidé au milieu, avec un petit trou devant et un couvercle au-dessus. La première année avait passé, mais il était resté désespérément vide. Mon vieux voisin m'avait dit avec sagacité: "Il n'est pas encore mûr." Je n'avais pas osé lui demander des précisions, ne sachant pas si c'était de l'humour ou de la sénilité. Mais j'ai ensuite pensé qu'il voulait peut-être dire par là que les oiseaux devaient s'y habituer, qu'il devait prendre l'odeur environnante, etc. En fait je crois que c'est bien ça qu'il voulait dire.

Mes mésanges bleues

L’année suivante, en mai, j’étais installée dans mon jardin et je travaillais derrière mon petit ordinateur portable. Je levais de temps en temps les yeux de l’écran pour chercher l’inspiration. Tout à coup, un oiseau m’est passé devant le nez. C’était une petite mésange bleue. Elle est allée s’installer sur une branche proche du nid.

Ce n’était pas la première fois que ça arrivait. J’avais eu beaucoup de déceptions, croyant chaque fois à l’arrivée d’un locataire potentiel. Je me suis donc bien gardée de me réjouir trop vite. Cependant l'oiseau avait vraiment l'air intéressé.

Mes mésanges bleues

Après un bref examen, il s'est engouffré à l'intérieur, mais il est ressorti rapidement et a disparu. Pourtant, quelques minutes plus tard, il est revenu accompagné de deux autres mésanges. Il s'est alors passé quelque chose de très drôle: j'avais vraiment l'impression qu'il s'agissait d'un agent immobilier qui faisait son boniment à un jeune couple en mal de nid. Il leur racontait un tas de choses et Monsieur et Madame Mésange écoutaient sagement, en se jetant de temps en temps des regards en coin. Finalemenent Monsieur Mésange a eu l'air convaincu. et il est entré dans le nid pour le visiter. Ensuite ça a été le tour de Madame. Cette fois l'agent immobilier ne disait plus rien. C'était le couple qui discutaillait ferme. L'affaire a été rapidement conclue, et peu après la femelle a emménagé et est restée dans le nid.

Le mâle venait lui apporter à manger, mais il n’entrait pas. Il se perchait sur un branche et poussait un petit cri caractéristique, auquel peu après la femelle répondait de la même façon. Quand ils étaient sûrs tous les deux qu’il n’y avait pas de danger, elle sortait manger ce qu’il lui avait apporté. Ils discutaient un peu, se bécotaient, et puis elle rentrait couver ses oeufs.

Je ne me rappelle plus combien de temps cela a duré, mais je sais qu’un jour, j’ai soudain entendu des pépiements en provenance du nid. Ils ont fait vibrer ma fibre maternelle, presque autant que les vagissements de mon premier né, trente ans auparavant. Malheureusement, nous devions partir le lendemain pour la Grèce. Ne connaissant rien à l’ornithologie, je m’imaginais que les oisillons allaient encore être là à notre retour, 15 jours plus tard.

Hélas, quand nous sommes rentrés, un silence suspect régnait autour du nid. J’ai attendu en vain. J’ai fini par soulever le couvercle : rien à l’intérieur. Je me sentais très frustrée qu’ils soient partis en notre absence. Je m’étais fait une telle joie de voir le premier vol des bébés mésanges...


J’ai pris un livre et je me suis installée dans le hamac qui était suspendu, chaque été, entre le pommier et le poirier. C’était mon lieu de prédilection, surtout quand les arbres étaient en fleurs.

Mes mésanges bleues

Tout à coup, ma lecture a été interrompue par des pépiements stridents qui venaient du poirier. J’ai levé les yeux, et j’ai vu cinq ou six petites boules jaunes et bleues. Les oisillons étaient revenus dans leur arbre !

Il y a comme cela des instants de grand bonheur. Au-dessus de moi, les feuilles des arbres formaient avec le bleu du ciel une mosaïque qui changeait d’aspect au gré du vent et, à travers cette mosaïque, le soleil me faisait, de temps en temps, des clins d’oeil. Alors je me suis dit que la vie pouvait parfois être très chouette.

Publié dans OISEAUX

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