Pas bête la mésange !

Publié le par Françoise Andersen

 

Jean, mon voisin du dessous, est un amoureux de la nature et des animaux. Il a fait de son balcon un véritable jardin, dans lequel viennent se nourrir tous les petits oiseaux des alentours. Bien que j'aie d'excellentes relations avec lui, je lui en veux parfois de la concurrence déloyale dont je suis victime. En effet, alors que j'achète tout simplement mes graines et mes noisettes dans un supermarché, il va faire ses courses, aussi bien pour lui que pour ses "pensionnaires", dans un magasin bio. Ceux-ci préfèrent donc se nourrir chez lui. Je peux, depuis ma fenêtre, observer le bouleau qui est en face de l'immeuble et dans lequel ils viennent se percher à l'heure des repas. Eh oui, les oiseaux aussi mangent à heures fixes. Quand je vois l'un d'eux prendre son essor, je suis toute heureuse à l'idée qu'il va peut-être venir manger sur mon balcon, mais je suis souvent déçue, en le voyant aller directement au premier étage. La rumeur s'est apparemment répandue dans le quartier qu'il y avait un restaurant 3 étoiles gratuit chez Jean! Il y en a heureusement quelques-uns qui ne sont pas adeptes du bio et qui viennent chez moi, mais je dois me contenter de quelques rares mésanges bleues, noires ou charbonnières, alors que Jean voit défiler un tas d'espèces: pinson, rouge-gorge, mésange huppée, sittelle torchepot, etc.

 

L'an dernier, au printemps, il avait installé un nichoir de chaque côté du balcon. A droite, un pour les mésanges bleues et à gauche un pour les mésanges charbonnières. Celui de droite était resté inhabité alors qu'une mésange charbonnière avait niché dans l'autre. Comme dirait la Fontaine "Quand la bise fut venue", elle s'est apparemment souvenue de ce nid douillet et un soir elle est venue s'y installer pour y passer la nuit. Comme cela se répétait chaque jour, Jean, qui était frustré de ne plus la voir une fois qu'elle était entrée dans le nid, a installé une petite caméra à l'intérieur et l'a reliée à son téléviseur. Ainsi chaque soir il peut l'observer. J'ai eu la chance qu'il m'invite à assister à ce spectable extraordinaire.

 

La mésange arrive à peu près à la même heure. En ce moment c'est à 17h30 car les jours ont rallongé, mais en novembre, elle arrivait dès 16h30, quand il commençait à faire nuit. Elle commence par inspecter l'intérieur du nid comme si elle voulait s'assurer qu'il n'y a aucun danger, aucun ennemi planqué quelque part. Elle me fait penser à un enfant peureux qui regarde sous son lit avant de se coucher. Ce manège est étrange. Peut-être est-elle une maniaque de la propreté, qui veut s'assurer qu'il n'y a pas de toile d'araignée dans les coins!

 

Il y a de minuscules trous dans le bois et elle met parfois son oeil devant l'un d'eux pour inspecter l'extérieur, comme on le fait  à travers le judas d'une porte. Elle veut peut-être vérifier que personne ne l'a suivie.

 

 

 

Une fois complètement rassurée, elle  s'installe confortablement, en ayant soin de bien amasser sous son ventre les minuscules brindilles qu'elle a rapportées un jour et qui l'isolent sûrement du froid.  Puis elle s'ébouriffe les plumes.C'est très impressionnant. Elle grossit, grossit, jusqu'à devenir une grosse boule de plumes dans laquelle elle enfouit sa tête. Très vite elle s'endort. Il paraît qu'elle dort 14 heures d'affilée. Le lendemain matin, elle prend son envol vers l'arbre d'en face et elle ne revient que le soir.

 

Jean espère que le temps venu elle va y nicher et qu'il pourra suivre l'évolution depuis la ponte des oeufs jusqu'à l'envol des oisillons. C'est ce qu'il a fait dans un parc de Thonon au printemps. Il avait remarqué qu'une mésange bleue nichait dans le trou d'un arbre. Chaque jour, jusqu'à ce que les oisillons quittent le nid, il était allé l'observer. Il avait vu aussi un étourneau qui avait squatté un vieux nid de pic épeiche. Ceux-ci en font un nouveau chaque année à coup de bec et ainsi d'autres oiseaux peuvent en profiter l'année suivante. Jean et moi, nous  espérons que la mésange ne se contentera bientôt plus d'utiliser le nichoir uniquement comme centre d'hébergement de nuit, mais qu'elle commencera  à y couver. Cette histoire aura donc peut-être une suite.

 

Merci à Jean Moléro d'avoir eu la gentillesse de mettre ses photos à ma disposition.

Publié dans OISEAUX

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