LES FAUSSES BANANES DE LA GUERRE

Publié le par Françoise Andersen

 

 

Je suis née en 1938, un an avant le début de la seconde guerre mondiale. Pendant mon enfance, il y avait donc beaucoup de denrées qu'on ne trouvait pas dans les magasins, comme par exemple les oranges, les bananes, etc. Un jour, ma mère avait été soudain prise de nostalgie en se rappelant les années d'avant-guerre. Elle s'était mise à me parler de tout ce qu'on trouvait alors. Je l'entends encore me "raconter" une orange (un fruit rond divisé en tranches, regorgeant d'un délicieux jus sucré et parfumé) ou les biscuits à la cuillère (des biscuits allongés très légers et qui fondaient dans la bouche). Je me souviens que de temps en temps, elle m'emmenait dans une épicerie fine (je revois encore le nom  de l'enseigne "Félix Potin") où elle m'achetait des pâtes de fruits qui avaient le goût et la forme d'une petite banane. En fait j'ai été déçue le jour où j'ai enfin mangé ma première vraie banane. J'en avais tellement rêvé que je l'imaginais meilleure. 

 

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Les jouets que mon père fabriquait lui-même m'ont procuré également plus de plaisir que ceux qu'il m'a ensuite achetés, après la guerre. C'était si intéressant de voir ces cadeaux prendre forme et si bon de se dire qu'il consacrait tant d'heures à les fabriquer pour moi, avec amour.

 
On ne pouvait pas aller, comme maintenant, dans un magasin et choisir ce que l'on voulait. Chaque personne avait droit, chaque mois, à une carte de rationnement avec un certain nombre de tickets qui permettaient d'acheter du sucre, du lait, de la viande, des cigarettes, etc. Comme mes parents ne fumaient pas, ma mère échangeait les tickets de cigarettes contre du sucre, la seule friandise que je pouvais manger à volonté. Il paraît qu'il m'arrivait de manger jusqu'à 15 morceaux de sucre par jour. C'est une énigme pour mon dentiste que j'aie toujours eu des dents solides. Je suppose que mes parents ont été très vigilants quant à l'hygiène dentaire. 
 
Maman m'assurait que la guerre allait bientôt finir et que nous allions à nouveau pouvoir vivre normalement. Mais comment imaginer une vie "normale" quand on n'a connu que des années de guerre et de privations? Je savais qu'en Amérique ce n'était pas la guerre et j'avais du mal à imaginer cela. J'enviais les Américains et je me disais qu'ils avaient beaucoup de chance. Je me rappelle que, malgré mon jeune âge, je me suis promis de ne jamais me plaindre de quoi que ce soit, s'il m'arrivait un jour de ne plus connaître la guerre. Parfois, quand j'ai des problèmes, je me rappelle cette promesse et je me dis que ce qui m'arrive n'est en fait pas très grave par rapport à ce que j'ai connu. Je relativise, comme on dit.
 
Les enfants d'aujourd'hui se croient malheureux si leurs parents refusent de leur acheter le dernier modèle de console de jeux ou des vêtements de marque. On pourrait se dire: "Ces jeunes se plaignent et pourtant ils ont tout pour être heureux". Mais le sont-ils vraiment? La publicité crée des besoins qui ne peuvent jamais être entièrement assouvis, d'où une frustation quasi permanente. Pendant la guerre, on n'avait presque rien et on appréciait d'autant plus le peu qu'on avait. Alors peut-être qu'en fait j'ai eu une enfance plus heureuse pendant la guerre, avec mes morceaux de sucre, mes jouets gratuits, mes  bananes en pâte de fruits et ma tête pleine de rêves d'un monde meilleur. 

 

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Dani et ses chats 02/11/2012 12:42


Bon là je vois bien mon commentaire  


Tu vois je contrôle  LOL  hihihihi !

Françoise Andersen 02/11/2012 15:36



Alors il faut que je fasse attention à ce que je fais. :))


Je cafouille un peu en ce moment, à cause de mon "déménagement virtuel". J'ai hâte que tout soit en place. 



Dani et ses chats 25/09/2012 17:07


Je suis née après la guerre, mais mon frère et mes grandes soeurs pendant.


Ce n'était pas la joie bien que ma mère était dans un domaine réquisitionné par les allemands mais très bien traitée, pendant que mon père était à la guerre.


Alors oui, il faut relativiser, tu as raison.


Nous avons manqué de beaucoup de choses car mes parents n'étaient pas riches, mais nous n'avons jamais manqué d'amour et d'attention. C'est le principal je pense.  Un enfant se construit
normalement à condition qu'il soit bien entouré.


Je me souviens que pour le goûter nous avions une tranche de pain, ma petite soeur née 13 mois après moi  avec du sucre, moi avec du sel.  Le carré de chocolat c'était de temps en
temps, pas très souvent.


Pour les jouets, nous n'en avions pas.  Nous habitions au bord d'un canal, alors j'ai fabriqué moi-même ma 1ère canne à pêche, un baton, du fil de laine et une épingle de sureté avec de la
mie de pain au bout. Bon ok  ça n'a pas fonctionné, la mie de pain une fois dans l'eau se détachait très rapidement,  je n'ai attrapé aucun poisson avec   hihi !  Tant mieux
car j'aurais été très embêtée.


Cela ne nous a pas empêché de grandir correctement et de savoir ce qui est nécessaire ou ce qui est juste créé pour entretenir le besoin.


C'est d'ailleurs peut-être pour ça que je hais les pubs    Trop de gens se laissent attraper, achètent alors
que ce n'est pas nécessaire.  Je n'ai pas 50 produits chez moi pour faire le ménage  hihi !


Je me régalais lorsque mes parents me racontaient "des histoires" pendant la guerre, comment ils vivaient, les allemands qui ont toujours été gentils avec ma mère et mon frère et soeurs, les
privations etc...


Un allemand prenait mon frère avec lui, il avait demandé la permission à ma mère, car il avait laissé en Allemagne un enfant qui avait le même âge que mon frère, né en 40. Mon frère lui rappelait
son fils. Touchant, non ?


Dani


 

Françoise Andersen 01/10/2012 10:08



Cela m'a fait plaisir de lire un commentaire de quelqu'un qui a connu la seconde guerre mondiale, même si c'est indirectement. J'arrive à un âge où quand je parle de "la guerre" à des jeunes, ils
 se demandent parfois de quelle guerre il s'agit. Eh oui après "ma guerre" il y en a malheureusement bien d'autres: la guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie, la guerre du Golfe, etc.