La perruche rancunière

Publié le par Françoise Andersen

 

 

Parmi tous les petits animaux de compagnie que nous avons eus quand nous vivions à Copenhague, celui auquel je me suis le plus attachée et qui me manque encore aujourd’hui, c’est Coco, une perruche mâle verte, qui a vécu 17 ans. Coco a presque battu tous les records de longévité de son espèce.

 

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A cause de sa très longue vie, il a été plusieurs fois "veuf". A chaque fois que sa femelle mourait, il était accablé par le chagrin. Il restait immobile dans un coin de la cage, la tête baissée, silencieux. En effet, normalement il parlait beaucoup. Il avait tout un répertoire : « Bonjour Coco », « Mon Coco », « P’tit Coco », « Bonjour mon p’tit Coco », « Ça va Coco ? », « Ça va mon p’tit Coco ? ». Mais après chaque deuil, plus un son ne sortait de son bec. Il ne touchait même plus à la nourriture. Le marchand d’oiseaux nous avait dit, la première fois que c’était arrivé, qu’il fallait tout de suite lui racheter une autre compagne, sinon il se laisserait mourir.

 

Nous avions donc acheté une femelle bleue, comme la précédente. Nous nous imaginions naïvement qu’il allait croire que sa compagne était revenue. Mais il ne s’était pas laissé duper. Au début, il avait ignoré cette jeune perruche.

 

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Cependant, la voyant manger, il avait fini par l’imiter et peu à peu il s’était habitué à elle et était sorti de sa dépression. Donc, dès qu’il se retrouvait seul, nous nous précipitions chez le marchand d’oiseaux.

 

Nous le laissions sortir de sa cage de temps en temps. Il volait un peu dans la pièce, mais venait vite se percher sur mon épaule. Il restait même là pendant que je faisais la vaisselle ou passais l’aspirateur. Il s’amusait à me lisser le bout des cheveux, comme il le faisait avec ses plumes ou celles de sa compagne. Je pense que c’était un signe d’acceptation et d’affection. Quand je rentrais du travail, dès que j’ouvrais la porte d’entrée, j’entendais la toute petite voix de Coco qui m’accueillait en disant : « Bonjour mon p’tit Coco !. » Comme la maison m’a semblé vide, quand il n’a plus été là !

 

Un jour, j’ai dû partir seule pendant 15 jours. Quand mon mari me téléphonait, je ne me contentais pas de lui demander des nouvelles des enfants, je m’inquiétais aussi pour Coco. J’étais heureuse de savoir qu’il allait très bien, qu’il était gai et avait bon appétit.

 

Quand je suis rentrée de voyage, je suis tout de suite allée vers la cage. Dès que Coco m’a vue, il a tourné les talons, si je puis dire. Il est resté à l’autre bout de la cage, et s’est mis à regarder le mur, en hochant vigoureusement la tête et en maugréant. II n’y a pas d’autre terme : il prononçait une série de sons indistincts qui, en langage perruche, semblaient vouloir dire qu’il était très mécontent.

 

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Il m’a boudée ainsi pendant plusieurs heures. J’avais beau l’appeler de temps en temps, en lui présentant un morceau de gâteau, il s’obstinait à rester à l’autre bout de son perchoir et à me tourner le dos. 


Finalement j’ai eu l’idée de mettre un peu de pâté sur mon doigt. C’était son mets favori. On aurait dit qu’il avait senti cette odeur alléchante, car il a commencé à me lancer de brefs regards en coin. On voyait qu’il était partagé entre la gourmandise et la rancune. Mais finalement la tentation a été la plus forte et il est venu grignoter le pâté sur mon doigt. Quand j’ai ouvert la porte de sa cage, il a sauté sur mon épaule et m’a mordillé les cheveux. J’ai senti alors qu’il m’avait pardonné de l’avoir abandonné si longtemps. J’ai fait ensuite d’autres séjours seule en France et, à chaque fois, j’ai eu droit, à mon retour, au même accueil glacial.

 

Les chiens aussi peuvent être rancuniers. Une voisine m’a en effet raconté qu’il arrivait que son mari parte à la chasse, sans son chien, avec des amis, qui avaient une meute. A son retour, son chien, qui adorait la chasse, lui faisait la tête. Cela durait, paraît-il, parfois plusieurs jours. Il se passe plus de choses qu’on ne le pense dans la tête des animaux, même dans celle toute petite d’une perruche !

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