La passagère clandestine

Publié le par Françoise Andersen

 

 

Quand il avait quatre ou cinq ans, Yann, mon plus jeune fils, regrettait beaucoup de devoir se contenter de petits animaux domestiques (cochons d’Inde, hamsters, etc), étant donné que nous habitions un immeuble. Il aurait tant aimé avoir un gros chien. Je lui avais expliqué que ce serait triste pour ce pauvre animal d’être enfermé seul, toute la journée, dans l’appartement. 

 

Il compensait donc cette frustation en jouant avec Flicka, la chienne de ma belle-soeur, quand nous allions lui rendre visite à la campagne. Mon fils aîné aimait bien aussi Flicka, qui était presque aussi grande que lui, quand elle se tenait sur ses pattes de derrière.

 

Au fil des mois, Yann s’attachait de plus en plus à Flicka. Il pleurait quand il devait dire au revoir à son amie et j’avais beaucoup de mal à les séparer, car Flicka l’aimait aussi beaucoup. Il m’avait demandé plusieurs fois s’il ne pouvait pas l’emmener avec nous, juste pour quelques jours. J’avais bien entendu toujours refusé.

 

Un jour, pendant que disais au revoir à ma belle-soeur, j’ai vu que Yann s’était déjà installé dans la voiture, sans que je le lui demande. Pourtant, d’habitude c’était difficile de lui faire abandonner Flicka. A ma grande surprise, j’ai vu qu’il avait même l’air ravi et, dans son oeil, il y avait une lueur coquine qui m’a un peu inquiétée et que j’avais déjà vue auparavant, quand il m’avait joué des tours. Mais je me suis dit qu’il ne fallait pas chercher à comprendre. Je devais juste me rejouir qu’il soit soudain devenu si raisonnable. Peut-être qu’en grandissant il s’était enfin rendu compte que c’était impossible pour nous d’avoir un chien à Copenhague.

 

Nous sommes donc repartis et tout était pour le mieux. Mais au bout de quelques kilomètres, j’ai tout à coup senti un souffle chaud sur ma nuque et j’ai entendu un léger halètement. Je me suis arrêtée immédiatement, assaillie par un mauvais pressentiment. Celui-ci s’est confirmé quand j’ai vu la tête de Flicka qui était juste derrière moi. Elle semblait toute réjouie avec sa gueule entrouverte qui lui donnait, comme à tous les chiens de sa race (colley) un semblant de sourire. Mon fils l’avait fait monter dans la voiture, en lui faisant signe de rester couchée au fond, pour que je ne la voie pas, faisant de cette passagère clandestine sa complice. Elle devait en effet être heureuse de cette aventure. Quand il avait estimé que nous étions assez loin, il s’était sûrement dit que je n’allais pas revenir en arrière et qu’il avait gagné la partie. Il l’avait donc laissée se redresser. Mais j’ai fait demi-tour et je suis allée rendre Flicka à ma belle-soeur, qui ne s’était même pas aperçue de sa disparition. Yann n’a plus fait de tentative d’enlèvement et il a accepté un compromis : nous avons acheté un adorable lapin nain blanc aux yeux bleus, à qui il a appris à se comporter comme un chat.

 

Je n’ai jamais pu avoir de chien et je le regrette, car je les aime beaucoup. Je me contente des "chiens randonneurs" savoyards, qui font de temps en temps un bout de chemin avec nous.

Publié dans CHIENS

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