Un chien ingrat (nouvelle histoire)

Publié le par Françoise Andersen

Je vous ai déjà parlé de ce que j'appelle les "chiens randonneurs" de Haute-Savoie. Ils n'aiment pas se balader seuls en montagne. Ils attendent souvent près d'un parking. Quand ils voient des gens qui se préparent à partir en rando, ils viennent se coucher près de leur voiture et attendent patiemment qu'ils soient prêts pour leur emboîter le pas.

 

Étant donné que nous ne pouvions plus faire de grandes marches en montagne, cela faisait longtemps que cela ne nous était pas arrivé d'en croiser un. Eh oui, l'âge venant ( je vais sur mes 76 ans et mon mari sur ses 79 ), nous devons nous contenter de courtes promenades, qui ne demandent pas trop d'efforts. Finies les marches de cinq  ou six  heures d'affilée sur des chemins escarpés. Mais j'ai heureusement la sagesse de suivre le principe d'un vieil ami : "Il ne faut pas se plaindre de ce qu'on ne peut plus faire, mais se réjouir de ce qu'on peut encore faire". Donc je suis quand même heureuse et fière de pouvoir encore arriver à gravir la petite route pentue qui mène au monastère et aux ruines des Châteaux. Je me dis qu'il faut me réjouir de pouvoir encore aller de Thonon aux Allinges, avant de passer à l'étape suivante, "... du lit au fauteuil et du fauteuil au lit", suivant les paroles de Brel dans "Les vieux". Elles m'ont toujours fait frémir, même quand j'étais jeune.

 

Un jour, l'hiver dernier,  alors que nous venions de nous garer sur le parking, qui était désert, j'ai vu un chien que j'ai tout de suite reconnu comme étant un "chien randonneur". Il nous avait aussi repérés et il est venu vers notre voiture. Je lui ai adressé la phrase traditionnelle:  "Alors le chien, tu viens te promener avec nous ?". Il a acquiescé de suite en langage chien, c'est-à-dire qu'en entendant le mot "promener", il a levé les yeux vers moi en frétillant de la queue. Il semblait très content d'avoir trouvé de la compagnie. En effet l'hiver les promeneurs sont rares pendant la semaine, à moins qu'il fasse vraiment beau. Il nous a suivis non seulement ce jour-là, mais plusieurs fois pendant  l'hiver. Chaque fois que nous arrivions au parking des Châteaux je le cherchais des yeux. Il n'était pas toujours là, mais s'il l'était, il semblait content d'avoir enfin de la compagnie et il nous suivait toujours. Je me suis aperçue un jour qu'il habitait une maison en face, dont la grille était toujours ouverte.

 

Il me semblait l'avoir déjà vu quelque part, mais c'était parce qu'il ressemblait au chien de l'auberge du Col du Feu, dont je vous ai parlé dans "Le chien qui aimait la montagne".

 

Avant, quand nous marchions encore d'un pas allégre,  les chiens restaient à nos côtés. Les gens que nous croisions pensaient qu'ils étaient à nous. Cela nous valait même parfois des regards mauvais de la part de personnes tenant leur chien en laisse, mécontents que nous n'en fassions pas autant avec "le nôtre", s'il y avait un écriteau portant la mention: "Les chiens doivent être tenus en laisse". Je me sentais donc parfois obligée d'expliquer: "Je ne connais pas ce chien. Il nous a suivis".

 

Comme nous marchons maintenant très lentement, le chien des Allinges prenait vite de l'avance, mais il se retournait régulièrement pour voir si nous le suivions toujours. Souvent il s'arrêtait pour nous attendre patiemment. Mais il arrivait aussi qu'il disparaisse tout à coup. 

 
Un chien ingrat (nouvelle histoire)
Un chien ingrat (nouvelle histoire)

Mais il nous attendait toujours à l'entrée du monastère.

Un chien ingrat (nouvelle histoire)

Pendant que je prenais des photos, il tuait le temps en fouinant ici et là et en semblant penser: "Elle a pas bientôt fini, la vieille ?". Je voyais bien qu'il aurait préféré continuer à grimper.

 

Un chien ingrat (nouvelle histoire)
Un chien ingrat (nouvelle histoire)

Mais il nous suivait malgré tout à chaque fois que nous redescendions. De retour sur le parking, suivant l'habitude des "chiens randonneurs", il s'en allait, indifférent. A chaque fois, je m'attends à de touchants adieux avec ces  chiens, car je m'attache vite. Mais je suis toujours déçue car, une fois la promenade finie, nous n'existons plus. 

 

Un jour nous montions péniblement, car nous venions de rentrer du Danemark, plus précisément de l'île de Lolland qui culmine à 34 m. et nous n'étions plus habitués aux chemins raides. Le pauvre chien était donc obligé de nous attendre souvent et je croyais sentir chez lui un certain agacement. Cela s'est confirmé quand un jeune couple nous a doublés d'un pas sportif. Quand ils sont arrivés à sa hauteur, au lieu de continuer à nous attendre, il leur a emboîté le pas. Quand nous sommes arrivés en haut, il était couché aux pieds de ses nouveaux "maîtres", qui avaient trouvé un banc au soleil. Nous sommes allés nous installer sur un autre banc et je l'ai appelé, mais il a fait comme s'il ne m'entendait pas. Pareil quand nous sommes redescendus. Il a refusé de nous suivre.

 

La fois suivante quand je l'ai vu sur le parking et que je lui ai proposé de venir avec nous, il a fait semblant de ne pas nous connaître. Je vous assure que c'est vrai: Il a tourné la tête ostensiblement, en ayant l'air d'être très absorbé par la contemplation de quelque chose dans le lointain. Il se comportait comme quelqu'un qui ne veut pas vous parler et fait semblant de ne pas vous reconnaître. Dès qu'il a vu des jeunes gens s'apprêter à monter, il les a suivis, sans même qu'ils l'y invitent. Je n'existais plus pour lui. Il en avait eu assez de devoir sans arrêt nous attendre. Il préférait les gens qui marchent plus vite.

 

Je lui en veux car quand il n'avait personne d'autre que nous, pendant l'hiver, il était bien content de nous trouver. Il pourrait bien être un peu reconnaissant et venir avec nous ne serait-ce que de temps en temps. J'aime beaucoup les chiens mais je n'ai jamais pu en avoir, alors je suis contente quand j'ai l'impression d'en avoir un, le temps d'une promenade. Mais non,  je vous le dis: ce chien est un ingrat sans coeur.

Publié dans CHIENS

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mireille du sablon 10/02/2014 17:17

Coucou Françoise,
Je viens de lire ta réponse et oups, que de fautes dans mon commentaire..je devais être bien fatiguée en l'écrivant!
Surtout ne laisse pas ton blog, j'ai trop de plaisir à venir te lire....même en retard!
Gros bisous du soir de Mireille du Sablon

mireille du sablon 10/02/2014 10:40

Bonjour Françoise,
Que j'aime ta façon de "conter" tes aventures! même si ce chien n'est pas reconnaissant comme tu le souhaiterais, tu lui à donner un peu de ton "amitié", de chaleur humaine, n'est-ce pas le principal?
Je me pose quelques questions sur ton blog: j'ai l'impression de ne jamais être à jour dans la lecture de tes articles, je ne reçois pas tes news ou alors en "ordre dispersé"....
Bonne journée, ici, il pleut...comme ailleurs!
Gros bisous du jour de Mireille du sablon

Françoise Andersen 10/02/2014 16:47

Bonjour Mireille
Moi aussi je me pose beaucoup de questions ! J'ai demandé à mon mari de s'abonner: Eh bien parfois il ne recoit rien puis quelques jours plus tard il recoit une notification après avoir recu entre temps la notification pour un article plus récent. Parfois aussi il ne recoit rien du tout.. Je me plaignais parfois quand j'étais sur l'ancienne version, mais ca a empiré.
Même si j'ai abandonné l'idée de ne publier QUE le jeudi, je crois que je vais quand même garder le jeudi comme jour de publication GARANTIE. Comme cela les visiteurs peuvent venir le jeudi en étant sûrs qu'il y a du nouveau. Parfois aussi j'ai envie d'abandonner les blogs,mais cela n'a jamais été dans mes habitudes de baisser les bras.

therese 07/02/2014 10:54

Bonjour , je vient de lire une trés belle histoire , merci.
J’espère que tu vs bien . Bon week end , sans tempête j’espère pour tout le monde.
Bise

Françoise Andersen 07/02/2014 11:41

Ce matin il pleuvait des cordes. Maintenant c'est juste une petite pluie mais on sent que ça va durer toute la journée. Mais il ne faut pas se plaindre quand on pense à ceux qui sont victimes de la tempête et des inondations.

Cigalette 07/02/2014 10:30

Bonjour Françoise, je comprend ta tristesse envers ce chien qui vous à préférés aux autres marcheurs plus pressé de marcher, mais au moins tu ne t'y est pas attachée, car je sait oh! combien on s'attache plus vite aux animaux qu'aux gens surtout ç notre époque où il faut se méfier de tout le monde.
Les gens sont faux ils ne montrent jamais leur vrai visage par contre un animal où il t'aime ou pas, ici il t'a bien fait comprendre qu'il t'avais apprécié au début mais qu'il préférais marcher plus vite avec les autres.
Bonne journée

Françoise Andersen 07/02/2014 11:39

Tu as raison, je ne lui en veux pas. A sa place j'aurais fait pareil. Ca devait être très agaçant pour lui de toujours devoir se retourner et attendre

Ludivine 07/02/2014 09:37

C'est vrai, c'est décevant !! mais ces chiens ne semblent pas créer de relation (pas de nourriture, pas de caresse? ) autre que marcher ensemble avec les randonneurs. assez indépendants finalement... Bonne journée, bises

Françoise Andersen 07/02/2014 10:26

Ils n'ont même pas la reconnaissance du ventre. Quand nous nous arrêtons pour manger, nous partageons pourtant toujours avec eux. Ils n'apprécient pas non plus les caresses, qui semblent les agacer. Je n'ai jamais compris pourquoi ils recherchent la compagnie, alors qu'ils ne sont pas sociables. Je n'ai remarqué ce phénomène que depuis que je vis en Haute-Savoie.